
Ta signature vaut rien sur un mur* …
Mais combien ils ont payé pour un slogan aussi bidon ?
Bien sûr qu’elle vaut rien. Pine ! Pourquoi faut-il décider de tout en terme de valeur ?
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Ma signature sur un mur est un témoignage de mon passage, une empreinte digitale faite à la bombe ou au poska. J’étais là, pour une raison ou une autre. C’est comme sur les feuilles de pandanus ou sur les troncs de cocotiers. Seule la surface diffère. Et le moyen de la marquer.
J’étais là, ou je suis là. D’accord, Nouméa c’est pas Harlem. Pourtant tout le monde traîne pas où il veut. Chaque bande a son coin. Eux c’est le discount, ceux-là, la maison de quartier, ceux-ci les tours. Mon nom sur les murs est un repère pour les miens, qu’ils sachent où ils seront chez eux, en sécurité, mais également une balise pour les autres. Ici c’est chez nous, alors venez pas vous plaindre si on vous dégage à coups de bottes. On planterait bien des cordylines comme en tribu, mais soit elles ne pousseront pas sur votre bitume, soit elles seront abîmées ou détruites par des passants qui s’en cognent.
Circulez, y’a rien à vendre.
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Puis quoi ma signature ? Tu crois que y’a un mec qui signe Nik la Police à tous ? Tu crois que y’a un mec qui signe Kanaky aux kanaks ? Tu crois que y’a un mec qui signe Gomès vendu ?
Ha non, j’y suis, en fait signature ça veut rien dire. C’est juste pour faire style je slamme comme un jeune, tahi, signature, mur, ça rime. Pauvre, mais ça rime. Sauf que ton slogan qui veut pas trop dire ce qu’il dit, il est placardé partout et il dit bien ça, ta signature vaut rien sur un mur.
En même temps, pour qu’on comprenne bien ce qu’est une signature, tout le monde n’a pas la chance de connaître le dictionnaire des chargés de comm’, ils illustrent. Tu me diras, trop facile, tu prends ta caisse et ton appareil, tu fais un tour de Nouméa, et sans forcer tu reviens avec une collection. Ben non. Trop risqué. T’imagines ? Le mec qui voit sa pas-signature sur une affiche de la mairie, cash y court chercher ses pinceaux pour passer la seconde couche, histoire d’être présentable pour les visites. Et ça, hein, déconnez pas les gars, pas question. A la place, ils ont tapé dans les polices pas niquées de leur ordinateur, ont sorti celles qui faisaient jeune ou graf’ ou branché, pis après chais pas, le mec qu’a sorti ça y devait mater un docu sur le Bronx. Ben ouais. A part peut-être un antisocial (perds-tu ton sang-froid ?) qui ne prête pas à discussion, tous les autres termes c’est un peu du poken dans la langue, non ? Respect (tu dis wrispècte), hell, no future (ouais pasqu’en plus les chargés de comm’ anglophones sont pas au courant que si y’a pas de futur, y’a plus non plus de punks revendicatifs pour le clamer en restant crédible), et j’en passe. Moi quelque part ça me rassure, tu wois. Chu graffeur, bouh pas bien, mais je calcule rien au poken, alors faut qu’y se rassure monsieur le Maire, hein, pas moi qui vais lui saloper ses murs avec ces conneries.
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Puis pour qu’on comprenne aussi bien que ça s’adresse aux jeunes, on ajoute un tutoiement. Tu comprends, le jeune est un délinquant en puissance, un truc d’hormones qui le travaillent, il a envie de baiser, mais il sait pas et il ose pas alors il étale son encre sur les murs en une éjaculation même pas précoce, colorée de panacée. Ouais, le jeune ça craint grave. La preuve, y’a la mairie qui le prend entre quatre yeux. Mais les jeunes de la mairie, hein, pas les vieux, z’ont rien à voir avec les jeunes, trop sales, trop bruyants, trop … jeunes. Non, des autres jeunes, du moins qui se croient tels dans leur tête d’ado (très) attardés et leurs fringues de surfer cool. Des bons jeunes, quoi, des qui bossent dans l’administration depuis dix ans au moins, des comme que le maire aimerait en avoir plus sur Nouméa, quoi.
Et ils te prennent entre quat’ zyeux, par pancarte interposée, pour lui dire au jeune qu’il est pas cool dans sa tête de jeune.
Et pour encore mieux cibler le jeune concerné, parce que même chez les vrais jeunes, il y a des jeunes cool, on choisit bien le mannequin qui va poser sur l’affiche. Déjà il a peur, un peu, parce que quand la mairie te parle par pancarte interposée, direc’ tu flippes ta race. Et puis il a une capuche, t’sais, le jeune à capuche est réputé pour être un mauvais jeune, normal il a une capuche, donc l’intention de se cacher, donc, obligé, de faire des trucs interdits. Et puis un peu océanien, quand même, parce que déjà ils le font sur les cocotiers, peuvent pas se retenir, alors t’imagines quand ils ont réussi à taxer une bombe ou un pos’ …
Du coup, si on résume le message, ça dit un peu : délinquant, sois sympa, les agents municipaux ont pas que ça à faire de ponctionner leurs heures de sieste pour aller nettoyer tes conneries de jeune.
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Mais ça c’est si t’es optimiste et que tu crois qu’on cherche pas à te matraquer la gueule quelque part. Pasque y’a l’astérisque, un peu comme la marque de fringues, là au centre-ville. Et l’astérisque, pas gauloise pour un sou, c’est la clef du message.
Autant le début ça dit, non mec, là t’es pas cool, tu crains trop dans ta tête de jeune, autant la fin complète par ALORS TU VAS CALMER TA JOIE P’TIT CON SI TU VEUX PAS FINIR EN TAULE. Bon p’têt y’a pas marqué ça, n’empêche, quand on te sort du est passible, amende ou autre, la prison, tu sens qu’elle est pas loin. T’façon si t’es pas au courant, t’as rien compris, taguer c’est comme fumer un joint, tu finis criminel, à piller les banques ou à braquer des pharmacies pour trouver ta dope. Jusqu’à Sarko ils le disent.
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Résultat des courses ? Trop les boules. Ho pas moi, ni les autres jeunes de mon espèce, hein, s’en fout un peu des conneries de la mairie. Non, les vieilles. T’imagine les vieilles. Déjà elles ont les boules quand un jeune à capuche les approche. Maintenant elle vont avoir la main rivée sur la lacrymo de sac à main, dès fois qu’il sorte une bombe.
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Nouméa sous les bombes auraient dit les autres s’ils étaient d’ici …
