Chapitre Racines du cagou par Trapard Creteux le 22 septembre 2009

Travailleur de Tanna, à Païta en 1868

Travailleur de Tanna, à Païta en 1868

L’esclavage ayant été aboli vers 1830, il a fallu, aux colons européens du Pacifique,  établir des contrats « adaptés » pour faire travailler une main d’œuvre peu chère. Les Mélanésiens considérés comme « fainéants » mais surtout, et en réalité, craints par les colons, furent rarement employés aux travaux de commerce ou autres…

Alors que l’administration française fit d’abord venir des travailleurs indiens de la Réunion, dans les années 1850, pour des contrats de 5 ans, ce fut ensuite le cas des Néo-Hébridais qui aidaient au commerce de la bêche-de-mer, mais aussi du bois de santal à l’île des Pins. Ces premiers travailleurs des Nouvelles Hébrides venaient surtout d’Efaté et de Tanna. Cette main d’œuvre bon marché devint très nécessaire lors du boom du minerai de 1873, où l’on entassait des recrues dans des goélettes ou autres bateaux, avec un poids limite dépassé, au risque de chavirements.

insulaires des iles Salomon recrutés pour la Nouvelle Calédonie

insulaires des iles Salomon recrutés pour la Nouvelle Calédonie

Au début des années 1880, un scandale judiciaire éclata entre les Nouvelles Hébrides et Nouméa. Des « recruteurs » locaux étant chargés de trouver de la main d’œuvre à Ambrym, Tana, Santo (et autres îles), les autochtones refusant de travailler dans les mines (avec les difficultés que cela impliquaient) ou de vivre dans un « pays » où le coût de vie est démesuré, ces « recruteurs » armés, recrutaient de force les insulaires, et en les abattant froidement en cas de refus. Le mot exacte est « kidnapping ».

recrues originaires des Nouvelles Hébrides

recrues originaires des Nouvelles Hébrides

L’administration française alertée, une enquête est ouverte, et finalement, parait le 5 mai 1882, un arrêté ministériel qui imposait la cessation de l’immigration océanienne dans la colonie. Le décret fut vite suspendu mais les insulaires, de par cette prise de conscience, évitaient l’arnaque. Alors que fut de nouveau décrété, en 1984, l’arrêt du commerce de main d’œuvre, ce dernier créa une variante. Profitant que l’immigration libre ne constituait en aucun contrôle sur place ou sur le lieu de travail, les colons employèrent des « recruteurs » britanniques qui n’étaient inquiétés ni par l’administration français et qui n’effrayaient pas les insulaires, pour remettre en œuvre leur trafic douteux.

recrues néo-hébridaises

recrues néo-hébridaises

De janvier 1887 à mars 1890, 1 221 travailleurs « libres » (dont des femmes et des enfants), originaires des Nouvelles Hébrides et des îles Salomon, arrivèrent dans la colonie. Ces travailleurs n’étaient pas inscrits sur les listes du Bureau de l’immigration et aucun paiement n’était perçu par le gouvernement. L’Administration ne pouvait exercer aucun contrôle sur les conditions de travail, le règlement du salaire, la distribution des rations et des vêtements ou le rapatriement.

livret d'immigration pour le travail de Lolote âgée de 8 ans

livret d'immigration pour le travail de Lolole âgé de 8 ans

De plus, à partir de 1893, le recrutement s’est surtout déroulé dans l’île de Tanna par la distribution de fusils, ce qui aggravait considérablement un conflit armé qui venait d’éclater dans le l’est de l’île.

2 travailleuses à Nouméa en 1915

2 travailleuses à Nouméa en 1915

Les années 1890, est aussi l’époque de l’immigration massive d’asiatiques en Nouvelle Calédonie. Cette importation devenant conséquente, les Néo-Hébridais devinrent une source de main d’œuvre secondaire. Ils continuèrent cependant à être régulièrement importés par lots d’environ 100 par an, jusqu’à la fin des années 1920. Nous les retrouvons dans des emplois de domestiques ou de manœuvres.  L’année 1912, fut aussi l’année des premiers essais d’importations de travailleurs wallisiens, longtemps après les vagues d’arrivées massives des années 1950.

travailleurs néo-hébridais, canaques et javanais dans les plantations en 1905

travailleurs néo-hébridais, canaques et javanais dans les plantations en 1905

Avant la deuxième guerre mondiale, on ne dénombrait pas moins de 15 000 Néo-Hébridais installés en Nouvelle Calédonie.

Après la déclaration d’indépendance au début des années 1980, les Nouvelles Hébrides, devenues le Vanuatu, ont vu certains de ses habitants quitter la misère de leur pays pour venir s’installer en Nouvelle Calédonie.

Aujourd’hui encore, la communauté vanuataise de Nouvelle Calédonie, intégrée au reste de la population (et classée dans « autres ethnies » lors des divers recensements) est souvent assimilée aux Kanaks, sans en posséder ni les traits, ni les coutumes.

Sources (Photos & Infos) : Dorothy Shineberg, « La main-d’oeuvre néo-hébridaise en Nouvelle Calédonie » (Société d’Etudes Historiques de la Nouvelle Calédonie)



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BoSS U le 23 septembre 2009 a 9:41 #

très chouette article encore une fois !

Trapard le 23 septembre 2009 a 10:06 #

Merci merci.

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