La fin du XIXème siècle, Java sous la domination néerlandaise, voit sa population autochtone subir les affres de la famine, dans un pays où il y a trop peu de terre à cultiver pour les paysans. Les villages voient donc affluer des familles en recherche d’emploi, en vain.
Ces bouches à nourrir commencent à quitter l’île de Java et, c’est ainsi qu’à partir du 6 janvier 1896, ce ne sont pas moins de 20 000 travailleurs indonésiens qui s’installent en Nouvelle Calédonie, jusqu’en 1949.
Tandis que les immigrés vietnamiens et japonais (fuyant aussi la misère), puis indochinois, travaillent dans les mines, les Indonésiens (en majorité javanaise) sont engagés comme employés de maison.
gouvernante javanaise avec un enfant de colon.
On retrouve aussi les Javanais comme travailleurs dans des plantations, comme garçons d’étable ou de bétail, souvent sous-payé et presque toujours en contrat à vie avec leurs employeurs, à la limite de l’esclavage.
Parfois maltraités dans le travail, comme l’indiquent ces propos recueillis (en 1998) d’un vieux Javanais :
«Avant les vieux avant, une minute arrêter, travailler, coups de bottes au cul, retard une seconde, une minute, coups de bottes au cul ».
« (…) Mais, tout ! Fini méchant, taper ! Avec le nerf de bœuf comme ça, taper, taper, astiquer (…). Oh, trop dur, trop méchant (…) »
Avant 1949, on ne comptait statistiquement 3 hommes pour une femme dans la communauté javanaise de Nouvelle Calédonie. Une femme pouvait alors contracter plusieurs unions. Qu’ils travaillent dans les mines ou dans les champs, les Indonésiens dormaient dans des sortes de case-dortoirs divisées en deux parties (une pour les hommes, l’autre pour les familles et les femmes célibataires), le tout étant très exigüe, et mal adaptée à une vie en groupe.
travailleurs indonesiens dans les mines.
La communauté indonésienne locale connut de nombreux autres mauvais traitements avant la deuxième guerre mondiale, mais leur philosophie fut longtemps, le patience ou résister passivement et obtenir, lentement mais sûrement, une amélioration de leur condition. Si certains fuyaient une plantation ou une mine pour mauvais traitements, ils pouvaient être recueillis ou cachés plus loin, par leur communauté très solidaire et parfois en tribu par les canaques.
Indonésienne à Voh.
En 1939, seulement 10% de la communauté obtient enfin la résidence libre, car les colons offrent des terres à cultiver aux paysans indonésiens les « plus méritants ».
Durant la guerre, de 1942 à 1945, les troupes armées américaines débarquent en Nouvelle Calédonie dispensant vaccins, lignes téléphoniques, cinéma en technicolor et de multiples autres bienfaits aux habitants de l’île. Les Javanais en profitent pour vendre de grosses récoltes maraichères à ces nouveaux arrivants. Nombreux sont ceux, aussi, qui apprennent la mécanique, qui ouvrent des garages, des épiceries, des échoppes, des salons de coiffure, au même titre que la communauté vietnamienne.
A la fin de la deuxième guerre mondiale, dès 1945, ce sont quatre années de lutte acharnée pour la libération nationale, contre le joug colonial hollandais, qui éclatent dans l’archipel indonésien. A partir du début des années 50, des milliers de Javanais bloqués en Nouvelle Calédonie, rentreront dans leur pays, devenu indépendant. C’est 80% de cette communauté qui partira, et seulement entre 1 600 et 2 000 Javanais qui resteront, certains étant nés de la deuxième génération, en Calédonie.
drapeau indonésien.
Ici, toujours après la guerre, la naissance du PCC (puis de l’UICALO et de l’AICF) et du syndicalisme, prendra plus en compte les droits des Vietnamiens que des Indonésiens, communautés plus isolée dans et moins revendicative. Les retours en masse vers l’Indonésie se dérouleront jusqu’en 1955.
En 1966, ils vivent surtout sur Nouméa, le Mont Dore, Dumbéa et Païta. Il y a toutefois de petites communautés de Javanais vivant, notamment à Touho, à Hienghène, à La Foa, à Koné et à Boulouparis. 55% de la communauté a adopté la nationalité française, tandis que les autres sont encore des ressortissants indonésiens.
Passés le Boom du Nickel ainsi que les « Evènements », la communauté Indonésienne ou Indo-Calédonienne s’est parfaitement intégrée au reste de la population. Le recensement de la population datant de 1996, dénombre 5 003 Indonésiens (2,5% de la population calédonienne). Sans compter le métissage indo-kanak, indo-européen etc…
Aujourd’hui cette communauté qui revendique ses coutumes ancestrales et artistiques, est Calédonienne à part entière, ayant intégrée la plupart des catégories sociales.
Elle est, encore en 2009, la communauté « discrète » de Nouvelle Calédonie.
Source (infos + photos) : Jean-Luc Maurer, « Les Javanais du Caillou » (chez Cahier d’Archipel).