Chapitre ‘Identité’

Chapitre Actualité du cagou, Identité par Olivier Houdan le 30 juillet 2010

“(…) Personne n’a jamais pensé que la voie tracée serait facile. Mais ce que nous savons, c’est que cette voie, celle du dialogue et celle de la paix, est la seule possible, et que nous ne devons pas en dévier. Il faut surmonter les obstacles et aller de l’avant. C’est l’intérêt de tous, c’est l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie.”

Jacques CHIRAC Président de la République, dans le discours prononcé devant les membres de l’Assemblée de la Province Nord.

25 juillet 2003, Koné.

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“(…) j’ai la conviction que l’intérêt d’une collectivité, dès lors que sa personnalité est respectée, que son identité est préservée, que son développement est assuré, n’est pas dans le séparatisme et le repli, mais au contraire dans l’adhésion à une communauté plus large, à une communauté solidaire. C’est la proposition de la France. Elle vous accompagnera dans la voie que vous choisirez. C’est à vous de construire cette communauté de destin si attachante et si exigeante que vous avez souhaitée. Ayez confiance dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Ayez confiance en vous! Ayez confiance dans le soutien de la Nation. Notre lien quoi qu’il arrive est un lien indéfectible.”

Jacques CHIRAC, Président de la République.

23 juillet 2003, Nouméa.

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“(…) Vivre dans son pays avec la confiance retrouvée grâce à la définition d’un projet clair et ambitieux de développement économique plus harmonisé, valorisant les richesses humaines et naturelles du pays. (…) Un territoire dont tous les habitants seraient décidés à se respecter, à effacer les traces du passé, à affirmer l’originalité de leur culture, leurs spécificités et décidés à s’unir pour en maintenir le caractère. Un territoire qui se serait enfin mis d’accord avec la mère-patrie pour que sa vocation d’égalité et justice y soit partout respectée.”

Paul Dijoud, Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer dans “Un plan de développement économique et social à long terme pour la Nouvelle-Calédonie”

juillet 1978

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“ (…) Je dis à ceux qui sont ici pour semer haine et violence: partez et partez vite. (…) Il est vrai, que nous aussi, nous nous sommes longtemps posé les questions que des milliers de Calédoniens se posent: Qu’allons-nous devenir? Pouvons-nous avoir confiance en l’avenir? Quel sera cet avenir? Nous avons compris que la réponse n’était pas en France, mais en Calédonie, et que seuls les Calédoniens pouvaient répondre à ces questions. Bien sûr nous savons que la voie que nous avons choisie est la plus difficile à faire admettre et comprendre. Aussi, je dis aujourd’hui Calédoniens: laissez-nous prouver qu’il est possible de travailler entre blancs et Canaques, laissez-nous réussir, aidez-nous même à réussir, car notre réussite sera la vôtre et celle de nos enfants.

Christian BOISSERY, Chef du Groupe FNSC à l’Assemblée territoriale

Juillet 1982, Nouméa.

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“(…) Sachons faire en sorte que dès demain, dans la confiance réciproque, nous nous prenions par la main, et que nous demandions à la France, d’étudier avec nous, un statut d’autonomie réelle, qui écarte les chimères impossibles et les intégrations irréalistes, et donne enfin à la Nouvelle-Calédonie les moyens de vivre en paix, et de construire pour nos enfants qui nous regardent et qui nous écoutent, une Calédonie exemplaire.”

Gaston MORLET, conseiller territorial de la FNSC dans le discours dit “des réparations” prononcé à l’Assemblée territoriale.

2 septembre 1980, Nouméa.

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“(…) Nous sommes maintenant en route pour une nouvelle étape de notre existence, en route pour le deuxième centenaire… celui que verront nos petits-enfants et qu’ils célèbreront à notre mémoire si nous savons le leur préparer encore plus beau. (…) C’est dans la pérennité de cette présence, dans l’attachement indéfectible à la Mère-Patrie (…) que nous trouverons les appuis et les forces qui nous permettrons d’asseoir notre destin, de forger notre avenir et d’assurer le plein épanouissement de notre belle Nouvelle-Calédonie.”

Maurice Lenormand, Député de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides, à l’occasion des cérémonies du centenaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France.

24 septembre 1953, Nouméa.

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“(…) les communautés prennent conscience de ce que leur avenir dépend de leur capacité à chercher et à vouloir ensemble, à vivre ensemble, demain comme hier, même si c’est autrement. Vous êtes responsables de votre propre destin. (…) Hommes et femmes, jeunes en particulier qui vivez sur cette terre de Nouvelle-Calédonie, qui y travaillez, qui l’aimez, votre avenir est entre vos mains, c’est aujourd’hui qu’ensemble vous pouvez décider de dépasser vos contradictions et ensemble construire un destin.”

Edgard PISANI, Haut-Commissaire de la République et Délégué du Gouvernement, dans le discours de présentation de son projet d’indépendance-association.

7 janvier 1985, Nouméa.

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“(…) Je veux leur dire: reprenez espoir, une page nouvelle va pouvoir s’inscrire, non par les armes mais par le dialogue et la tolérance, par le travail et la volonté. Ceux qui à Paris, ont parlé en votre nom, ont fait preuve de courage et de responsabilité. Sans rien abandonner, ils ont su donner et pardonner. Je veux vous aider à réussir votre destin par la réconciliation, la solidarité et la construction de l’avenir.”

Michel ROCARD, Premier Ministre du Gouvernement français dans le communiqué rendant compte de l’accord intervenu entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur et leurs délégations respectives réunis à l’Hôtel Matignon.

26 juin 1988, Paris.

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“(…) Je vous apporte ma détermination et mon affection. Sachez qu’en retour, votre résolution m’est nécessaire car elle me conforte dans la certitude qu’ensemble, nous apporterons à votre territoire la paix et le progrès. Vous êtes chez vous, nous sommes aussi chez nous car, tous ici, avons notre place dans un destin commun: Mélanésiens, Caldoches venus de la vieille Europe mais aussi Wallisiens, Tahitiens ou Asiatiques.”

Jacques CHIRAC, Président du RPR, dans le discours prononcé à la Place des cocotiers.

25 septembre 1985, Nouméa.

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“(…) Je crois qu’il ne faut pas exister, les uns contre les autres, deux patriotismes exacerbés, patrie française contre patrie canaque, mais au contraire les unir autour du destin de leur belle patrie.”

Jean-Pierre AÏFA, Président de l’Assemblée Territoriale, dans le discours de bienvenue adressé à Georges Lemoine, Ministre des DOM-TOM.

20 mai 1983, Nouméa.

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“(…) Parce que voyez vous mes chers collègues, je suis persuadé, intimement persuadés, que nous pouvons réussir ici une décolonisation qui a échoué partout ailleurs. Je proclame solennellement à la tribune de cette assemblée que les kanak n’ont jamais eu l’intention de faire partir les autres ethnies de ce pays. Je vous demande de cesser cette politique de la peur.”

Yeiwéné YEIWENE, porte-parole du Front indépendantiste, dans une déclaration faite devant les membres de l’Assemblée territoriale, à la suite du commando ayant investi l’hémicycle de l’institution, le 22 juillet 1982.

27 juillet 1982, Nouméa.

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“(…) Le développement du Territoire se fera si chaque homme et chaque femme a la conviction qu’il a un rôle à jouer dans l’avenir à construire. (…) Vivre ensemble est donc l’objectif premier de tous les projets politiques. Mais proclamer l’objectif ne suffit plus. Chacun est appelé à apporter sa contribution et convaincre ainsi de sa sincère détermination à assurer le succès des changements engagés. (…) Les évolutions faites en temps utiles permettent d’éviter les révolutions si souvent porteuses de désordre et de malheurs. Le train du changement est en marche. Il y a ceux qui acceptent d’y monter afin, demain, d’en assurer la conduite et d’en maîtriser les accélérations. Il y a les autres qui restent sur le quai et sont et demeureront en attente de l’Histoire.”

Christian NUCCI, Haut-Commissaire de la République, dans le discours prononcé à l’ouverture de la session administrative de l’Assemblée terrtoriale,

21 avril 1982, Nouméa.

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“(…) A la jeunesse calédonienne, aux jeunes Calédoniens, à quelque communauté qu’ils appartiennent, je dis ma confiance. Calédoniennes, Calédoniens, c’est en vous-mêmes que vous devez trouver les forces qui permettront de préparer votre avenir. (…) Votre avenir tient en deux mots: démocratie et solidarité. J’ajouterai ceci: nous progresserons ensemble. (…) Mais cette politique ne sera ni conçue, ni imposée de loin. La France ne fera rien qui aille à l’encontre de la volonté des habitants de ce Territoire, telle qu’elle s’exprime démocratiquement. Vous êtes les vrais responsables de votre avenir.”

Valéry GISCARD d’ESTAING, Président de la République, dans son discours prononcé à la Place des Cocotiers.

17 juillet 1979, Nouméa.

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“(…) Si nous savons nous rassembler sur l’essentiel, et oublier les vaines querelles du passé; si nous savons doner le pas aux forces qui nous unissent sur celles qui nous divisent; si nous savons préférer à la lutte contre des hommes le combat pour des idées; si nous savons affirmer la personnalité de notre société dans l’union et la compréhension entre les ethnies, nous relèverons ensemble le défi calédonien et plus encore: nous nous montrerons des hommes dignes de notre pays, dignes de notre temps.”

Jacques LAFLEUR, dans son discours-programme prononcé au stade Brunelet et qui aller donner naissance au Rassemblement Pour la Calédonie.

17 avril 1977, Nouméa.

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“(…) Comme tous les assiégés, nous devons faire retentir ce cri historique: nous unir ou périr car nous en sommes bien convaincus, notre destin est entre nos mains, nos seules mains. En un mot, nous devons tous ensemble bâtir la grande case qui rassemblera tous les Calédoniens de bonne volonté qui veulent œuvrer dans l’union et dans la fraternité.”

Lionel CHERRIER, Sénateur de la Nouvelle-Calédonie, dans le discours d’ouverture de la journée marquant la naissance du Rassemblement Pour la Calédonie.

17 avril 1977, Nouméa.

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“(…) La Calédonie est habitée par plusieurs ethnies: tant mieux! Fraterniser, c’est se connaître, l’unité des Calédoniens ne pourra se faire que par la reconnaissance des diversités. Si une institution ou un représentant de l’Etat, par son action, porte atteinte à la dignité d’un groupe de Calédoniens, nous devons mobiliser toutes nos forces pour contrer ce mal, car ne pas reconnaître l’humanité d’un groupe de Calédoniens, c’est empêcher la Calédonie de demain de naître. Vive la Calédonie libre!”

Nidoish NAISSELINE, dans une lettre de prison adressée à ses parents.

25 avril 1972, Nouméa.

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“(…) Aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie inaugure, dans la fierté et la confiance, avec la naissance de son premier conseil de Gouvernement, la mise en place des nouvelles institutions territoriales prévues à la Constitution, octroyées par la loi-cadre, et qui marquent la volonté de la France de réaliser pleinement cette communauté de destin décidée dans la guerre et promise en témoignage de la victoire commune.”

Maurice LENORMAND, Vice-Président du premier Conseil de Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, dans son discours de politique générale prononcé devant l’Assemblée territoriale.

29 octobre 1957, Nouméa.

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“(…) Je tiens à vous redire, aujourd’hui, combien j’attache la plus grande importance au respect de cet accord conclu, il y a plus de dix ans, entre les deux «légitimités» de la Nouvelle-Calédonie, sous l’égide de l’État. L’accord de Nouméa a marqué une étape importante dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. C’est une démarche politique fondée sur le consensus, le respect des engagements et la volonté de bâtir un destin commun. Nous irons jusqu’au bout de ce processus.”

Nicolas SARKOZY, Président de la République, dans son discours prononcé à l’issue du VIè comité des signataires de l’Accord de Nouméa.

9 décembre 2008, Paris.

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“(…) A titre personnel, j’ aspire de toutes mes forces à ce que nous ayons l’intelligence collective nécessaire pour construire une ambition commune pour notre pays, audacieuse et réaliste, respectueuse des convictions de chacun. Une ambition qui conjuguerait nos deux rêves pour une seule terre. Pour moi, il n’y a pas une Nouvelle-Calédonie indépendantiste et une Nouvelle-Calédonie non indépendantiste. Il n’y pas une Nouvelle-Calédonie noire et une Nouvelle-Calédonie blanche. Il y a un pays qu’on aime, parfois bien, parfois mal, parfois trop. Un pays dont la terre coule dans nos veines. Un pays à qui on appartient plus qu’il ne nous appartient. Et que l’on doit construire ensemble. C’est le sens de l’accord de Nouméa.”

Philippe GOMES, Président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, dans son discours de politique générale prononcé devant les membres du Congrès.

31 août 2009, Nouméa.

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“(…) Car soyons clair à quoi sert une idée porteuse d’humanité si elle est emprisonnée dans les craintes, les préjugés, les sectarismes? C’est ouverte, partagée et offerte à tous qu’une idée peut exister et qu’elle peut s’envoler. Le Mwa Ka, c’est à la fois une histoire qui se termine mais aussi et surtout le fondement, l’assise, d’une histoire qu’ensemble et en commun nous avons entrepris d’écrire. Une histoire ouverte par l’acte fondateur que constitue la poignée de mains du 26 juin 1988. Pour nous, clairement, l’avenir c’est le temps du destin commun, engagé depuis l’accord de Nouméa, dans la case commune, sculptée à la tête du Mwa Ka.”

Pierre FROGIER, Président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, dans le discours prononcé lors de l’érection du Mwa Ka dans les jardins de la Province Sud pour le150ème anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France.

24 septembre 2003, Nouméa.

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“(…) La Nouvelle-Calédonie s’empare de ses atouts et construit son avenir avec fierté. En restant unis, en nous concentrant sur les objectifs que nous nous sommes assignés lors du dernier comité des signataires, nous transformons ces espoirs en autant de forces pour la Nouvelle-Calédonie de demain.”

François FILLON, Premier Ministre, dans le discours prononcé devant les membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie

17 juillet 2010, Nouméa.



Chapitre Cinéma d'ici ou là, Identité par Olivier Houdan le 4 juin 2010

Une nouvelle île..

« L’Archipel des forçats » de Jacques Ollivier Trompas et Louis José Barbançon est beaucoup plus qu’un documentaire. Pour nous calédoniens, c’est une plongée dans les profondeurs de notre être. C’est donc un document fondamental et il était important que ces paroles là soient dites et qu’elles soient énoncées publiquement. Avec sincérité et force. C’est ce qui a été fait dans ce film et c’est pourquoi sa diffusion sur Télé Nouvelle Calédonie est un évènement.
Techniquement, le pari n’était pourtant pas simple. Nous savons que le docu fiction est un genre difficile et trompeur. Les réalisateurs se laissent souvent entraînés par une certaine fascination pour la fiction et le propos devient alors confus. Jacques Ollivier Trompas n’est pas tombé dans ce piège là. Bien au contraire : il a su utiliser la forme pour donner encore plus de puissance au fond. Et en l’occurrence, le fond c’est nous. C’est notre histoire et notre avenir, autrement dit notre destin. C’est dans ce sens que le document est fondamental.
Le bagne reste cette blessure de l’histoire de notre pays. Même si l’école et l’université commencent à s’y intéresser, cette blessure là a encore du mal à se cicatriser. Je repense à ce disait la mère de Louis José Barbançon : « J’aurais voulu mourir avant de savoir cela ! ». Avant que son propre fils, devenu historien, lui apprenne que certains membres de la famille étaient bagnards. Avec ce film, Louis José, Jacques Trompas et tous les intervenants lui font une réponse émouvante. Comme s’ils voulaient lui dire, à elle mais également aux générations montantes : « Il faut vivre pour expliquer et faire savoir cela ! ».
L’investissement personnel de l’historien Louis José Barbançon dans ce travail lui a sans doute donné crédibilité et humanité. Crédibilité historique et humanité nécessaire car les regards partagés ne peuvent se comprendre uniquement par la raison. Le film aidera sans doute beaucoup de calédoniens à vivre debout ! Et à aimer encore plus leur pays et son histoire.
Peut-être aurait-il fallu dans cette confrontation avec le passé et ce déballage calédonien que des voix kanak s’expriment également. Fote Trolue, Emmanuel Khazarerou ou bien un Billy Wapotro auraient pu utilement prolonger l’idée de cette rencontre improbable entre « les victimes de l’histoire ». Et expliquer comment les indigènes colonisés et cette « eau sale » coloniale ont finalement fait surgir une nouvelle île. Mais à la réflexion, il me semble que c’est beaucoup plus fort et pertinent ainsi. Avec ces paroles de l’intérieur. Cynthia Debien-Van Maï, Rachel Pagès, Irène Letocard, Christophe Sand, Irène Paladini… Chacun à sa manière a trouvé les mots justes. Des mots vrais. « Des mots qui vont plus loin que les mots », selon l’expression de François Mitterrand au sujet des paroles de Jean-Marie Tjibaou.

Walles Kotra
Journaliste



Chapitre Identité par Trapard Creteux le 21 janvier 2010

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Chapitre Identité, Racines du cagou par Trapard Creteux le 16 septembre 2009
théâtre indonesien local.

théâtre indonesien local.

La fin du XIXème siècle, Java sous la domination néerlandaise, voit sa population autochtone subir les affres de la famine, dans un pays où il y a trop peu de terre à cultiver pour les paysans. Les villages voient donc affluer des familles en recherche d’emploi, en vain.

Ces bouches à nourrir commencent à quitter l’île de Java et, c’est ainsi qu’à partir du 6 janvier 1896, ce ne sont pas moins de 20 000 travailleurs indonésiens qui s’installent en Nouvelle Calédonie, jusqu’en 1949.

immigration-javanaise

Tandis que les immigrés vietnamiens et japonais (fuyant aussi la misère), puis indochinois, travaillent dans les mines, les Indonésiens (en majorité javanaise) sont engagés comme employés de maison.

gouvernante javanaise avec enfant de colon.

gouvernante javanaise avec un enfant de colon.

On retrouve aussi les Javanais comme travailleurs dans des plantations, comme garçons d’étable ou de bétail, souvent sous-payé et presque toujours en contrat à vie avec leurs employeurs, à la limite de l’esclavage.

Parfois maltraités dans le travail, comme l’indiquent ces propos recueillis (en 1998) d’un vieux Javanais :

«Avant les vieux avant, une minute  arrêter, travailler, coups de bottes au cul, retard une seconde, une minute, coups de bottes au cul ».

« (…) Mais, tout ! Fini méchant, taper ! Avec le nerf de bœuf comme ça, taper, taper, astiquer (…). Oh, trop dur, trop méchant (…) »

Avant 1949, on ne comptait statistiquement 3 hommes pour une femme dans la communauté javanaise de Nouvelle Calédonie. Une femme pouvait alors contracter plusieurs unions. Qu’ils travaillent dans les mines ou dans les champs, les Indonésiens dormaient dans des sortes de case-dortoirs divisées en deux parties (une pour les hommes, l’autre pour les familles et les femmes célibataires), le tout étant très exigüe, et mal adaptée à une vie en groupe.

travailleurs indonesiens dans les mines.

travailleurs indonesiens dans les mines.

La communauté indonésienne locale connut de nombreux autres mauvais traitements avant la deuxième guerre mondiale, mais leur philosophie fut longtemps, le patience ou résister passivement et obtenir, lentement mais sûrement, une amélioration de leur condition. Si certains fuyaient une plantation ou une mine pour mauvais traitements, ils pouvaient être recueillis ou cachés plus loin, par leur communauté très solidaire et parfois en tribu par les canaques.

Indonésienne à Voh.

Indonésienne à Voh.

En 1939, seulement 10% de la communauté obtient enfin la résidence libre, car les colons offrent des terres à cultiver aux paysans indonésiens les « plus méritants ».

Durant la guerre, de 1942 à 1945, les troupes armées américaines débarquent en Nouvelle Calédonie dispensant vaccins, lignes téléphoniques, cinéma en technicolor et de multiples autres bienfaits aux habitants de l’île. Les Javanais en profitent pour vendre de grosses récoltes maraichères à ces nouveaux arrivants. Nombreux sont ceux, aussi, qui apprennent la mécanique, qui ouvrent des garages, des épiceries, des échoppes, des salons de coiffure, au même titre que la communauté vietnamienne.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, dès 1945, ce sont quatre années de lutte acharnée pour la libération nationale, contre le joug colonial hollandais, qui éclatent dans l’archipel indonésien. A partir du début des années 50, des milliers de Javanais bloqués en Nouvelle Calédonie, rentreront dans leur pays, devenu indépendant. C’est 80% de cette communauté qui partira, et seulement entre 1 600 et 2 000 Javanais  qui resteront, certains étant nés de la deuxième génération, en Calédonie.

drapeau indonésien.

drapeau indonésien.

Ici, toujours après la guerre, la naissance du PCC (puis de l’UICALO et de l’AICF) et du syndicalisme, prendra plus en compte les droits des Vietnamiens que des Indonésiens, communautés plus isolée dans et moins revendicative. Les retours en masse vers l’Indonésie se dérouleront jusqu’en 1955.

En 1966, ils vivent surtout sur Nouméa, le Mont Dore, Dumbéa et Païta. Il y a toutefois de petites communautés de Javanais vivant, notamment à Touho, à Hienghène, à La Foa, à Koné et à Boulouparis. 55% de la communauté a adopté la nationalité française, tandis que les autres sont encore des ressortissants indonésiens.

Passés le Boom du Nickel ainsi que les « Evènements », la communauté Indonésienne ou Indo-Calédonienne s’est parfaitement intégrée au reste de la population. Le recensement de la population datant de 1996, dénombre 5 003 Indonésiens (2,5% de la population calédonienne). Sans compter le métissage indo-kanak, indo-européen etc…

Aujourd’hui cette communauté qui revendique ses coutumes ancestrales et artistiques, est Calédonienne à part entière, ayant intégrée la plupart des catégories sociales.

Elle est, encore en 2009, la communauté « discrète » de Nouvelle Calédonie.

Source (infos + photos) : Jean-Luc Maurer, « Les Javanais du Caillou » (chez Cahier d’Archipel).