Chapitre ‘Débats et des hauts’

Chapitre Débats et des hauts par Trapard Creteux le 1 mai 2010

Voici, pour Le Cri du Cagou, un court texte de réflexion proposé par Dorian Gray (cinéphile et bibliophile, comme son pseudonyme l’indique) sur l’âge de la retraite.

Nous l’en remercions.

Sophocle

EST-IL EXACT QUE NOUS VIVONS PLUS LONGTEMPS ?

Les contresens sur l’âge de la retraite.

Un des grands débats politiques de ces dernières années porte sur le financement des retraites. Le postulat avancé est, qu’avec l’augmentation de la durée de vie, il faut retarder l’âge du départ à la retraite, afin qu’il reste suffisamment d’actifs pour financer les versements par répartition.

Deux arguments majeurs de cette thèse sont erronés. Voyons cela.

1.— Nous vieillissons plus longtemps : une idée fausse.

L’augmentation de la longévité est une idée qui plaît à tous. À une époque où tout fait débat, personne ne cherche à la contester. Le problème est que l’information est fausse.

La longévité est calculée en faisant la moyenne d’un échantillon des durées de vie des membres d’une population. Une espérance de vie de 40 ans ne veut donc pas dire que les hommes et les femmes de cette population meurent à 40 ans, car le calcul intègre toutes les morts prématurées, de maladies ou d’accidents, dès le plus jeune âge. Mais il intègre aussi ceux qui, épargnés par ces vicissitudes, ont l’occasion de vieillir bien au-delà de 40 ans.

Par conséquent, le facteur augmentant la longévité d’une population n’est pas principalement le fait de vivre plus vieux, mais c’est avant tout la diminution des morts prématurées. La formule : « Nous gagnons X jours de vie tous les ans » est trompeuse. Il ne faut pas confondre « nous vivons globalement plus longtemps », et « nous vieillissons plus longtemps ». Il est vrai que « nous vivons plus longtemps », parce que moins de personnes meurent prématurément ; les vies sont donc en moyenne plus longues. Mais il est faux que « nous vieillissons plus longtemps », et cela, même si l’on soustrait du calcul la mortalité infantile.

Il est donc faux de dire que la période de retraite augmente.

Prenons pour exemple l’époque la plus reculée sur laquelle nous ayons des indications de longévité : la Grèce antique (4 ou 5 siècles avant J.-C.). La probabilité d’une mort prématurée y était plus élevée que de nos jours, ne serait-ce qu’à cause des guerres ou encore de la condition de certains esclaves. Cela dit, comment vieillissait-on à cette époque ? Si on enlève ceux qui sont morts au combat, ou assassinés (comme Phillipe II, père Alexandre le Grand, ou Alexandre lui-même présumé empoisonné), on constate que très peu meurent avant 60 ans, et un bon nombre atteignaient déjà le « quatrième âge » :

— Sophocle (le célèbre auteur des tragédies) : 91 ans

— Thalès de Millet (un des pères de la philosophie grecque) : 76 ans

— Xénophane de Colophon (poète et théologien) : 95 ans

— Périclès (fameux dirigeant démocrate d’Athène) : 66 ans

— Anaximandre de Millet (philosophe et homme de science) : 65 ans

— Hippocrate de Kos (homme de religion et scientifique) : 83 ans

— Démocrite d’Abdère (Inventeur de l’anatomisme) : 90 ans

— Épicure (le grand philosophe) : 72 ans

— Anaximène de Milet (philosophe) : 60 ans

— Clisthène (politicien, démocrate) : 63 ans

— Héraclite d’Éphèse (philosophe) : 60 ans.

— Socrate (célèbre philosophe) condamné à mort, il avait déjà : 71 ans

— Diogène de Sinope (philosophe cynique) : 89 ans

— Démosthène (écrivain et orateur), il se suicide à l’âge de 62 ans.

Cet échantillon peut ne pas être représentatif, il n’en indique pas moins que le vieillissement de l’époque n’a rien à envier à celui que l’on connaît aujourd’hui. Il reste à prouver que nos conditions de vie actuelle, et notamment que les apports de la médecine, permettent, à ceux qui ne sont pas morts prématurément, de vieillir plus longtemps.

2.— Le rapport actifs/retraités, un déséquilibre très provisoire.

Deuxième contresens soutenu sans vergogne par les tenants d’une retraite toujours plus tardive : il y aura systématiquement plus de vieux. Ce vieillissement de la population nous est présenté comme une évolution inéluctable et irréversible de la société, entraînant nécessairement le repoussement de l’âge de la retraite.

L’idée est évidemment fausse, car s’il y a de plus en plus de vieux et de moins en moins de jeunes, il n’est guère nécessaire de fournir un gros effort intellectuel pour comprendre que cet « excès » de vieux, à moins qu’ils soient immortels, ne peut que disparaître dans les années à venir, entraînant une diminution de la population globale, et bien sûr son rajeunissement. Pour qu’il y ait réellement toujours plus de vieux, il faudrait qu’il y ait toujours plus de jeunes, pour les remplacer à leur mort !

En somme, le vieillissement d’une population est forcément un phénomène éminemment transitoire, qui ne saurait imposer des mesures confiscatoires du repos mérité en fin de vie.

3. — À qui profite le crime ?

On peut en effet se demander quels sont les motifs qui poussent à confisquer les retraites. Peut-être est-ce tout simplement la bêtise de nos élus. Ou alors, une fois de plus, s’agit-il d’un moyen pour certains de s’enrichir aux dépens des autres ?

Dorian GRAY.



Chapitre Débats et des hauts par Trapard Creteux le 23 janvier 2010

Voici, pour Le Cri du Cagou, un texte de réflexion sur l’Homme Kanak et la politique, proposé par Luther Voudjo.

Tjibaou-Aristote

L’homme est un animal politique selon Aristote, un « zoon politikon« . Il contribue à la vie de la « polis », la ville-état, en participant à ses activités politiques et à ses enjeux de pouvoir. Aujourd’hui, il reste de cette définition l’importance de la contribution politique citoyenne dans la vie de tout individu, qu’elle soit active ou passive, à l’intérieur d »un état. L’affirmation du kanakisme a permis aux kanaks de Nouvelle-Calédonie de recourir à la force politique tout en homogénéisant la représentation socioculturelle du mélanésien néo-calédonien. Il reste cependant un point d’achoppement majeur qui se révèle de plus en plus présent: la place de la « coutume ». Alors que Claude Levi-Strauss , décédé le 31 octobre dernier, a démontré que toute société humaine est confrontée à des structures de pouvoir, il reste que l’expression politique canaque s’accommode des schèmes traditionnels d’expression du pouvoir au point qu’ils en arrivent soit à se confondre. En particuliers chez les indépendantistes, beaucoup utilisent les réseaux personnels, familiaux et traditionnels pour soutenir leur action politique, tandis que la majorité des hommes politiques kanaks ont aussi un rôle coutumier majeur. Toutefois comme on l’a vu lors du conflit Air Calédonie en juin dernier, le rôle coutumier peut aussi s’opposer au rôle politique.

Le politique kanak est ainsi confronté à des contradictions (I) qu’il résout par des moyens encore peu maitrisés (B).

I / Les contradictions du politique kanak :

Deux principales contradictions handicapent l’action du politique kanak. Il doit non seulement se référer à une vision rurale de la culture canaque (A) mais aussi à la nécessité d’asseoir son statut politique par une base traditionnelle (B).

A/ La persistance d’une vision rurale de la culture canaque :

Combien de fois a t’on vu l’image du planteur d’igname comme celle qui définit à tout jamais le kanak entier et fier ? Que dire alors du juge, du pilote, du diplômé, ou du médecin kanak?

Il est difficile pour le politique d’échapper à cette vision qu’il se doit de promouvoir afin de correspondre aux attentes de son électorat, qui comme Roland Barthes le décrit souvent agit par identification.Il se doit d’adopter cette mystique sociale qui, lié au kanakisme, l’identifie en tant que kanak sur un plan politique.  Jean-Marie Tjibaou n’a t’il pas débuté sa carrière politique par l’organisation du festival Mélanésia 2000?

Cultiver un champs, construire une case, avoir une maison en tribu, quitte y mettre les pieds rarement, aller à la pêche ou à la chasse, font partie des activités nécessaires de tout bon kanak susceptible de représenter une idée canaque en politique, alors qu’une grande partie des kanaks ont adopté un mode de vie citadin.

L’important est ainsi de promouvoir la force de son enracinement culturel rural, tout en faisant montre de modernité urbaine.

B/ La nécessité d’asseoir son statut politique par une base traditionnelle

Cette nécessité se manifeste par l’intérêt d’être « prophète chez soi » avant tout.

Les réseaux familiaux qui sont mobilisés doivent être privilégiés par le politique dans le recrutement public ou dans la mise à disposition matérielle de biens publics.

Cette assise reste ainsi primordiale et place le kanak à la fois comme individu inséré dans un tissu familial permanent et comme un individu au service de la chose publique. De là à parler de népotisme élargi…

N’oublions pas qu’en France la famille restreinte est le modèle social par excellence, ce qui facilite la rationalisation des rapports de gestion politique.

Détournements de fonds publics, trafics d’influence ou abus de biens sociaux ne sont pas des faits étrangers à bien des dirigeants kanaks.

C’est pourquoi le politique kanak, qu’il soit homme ou femme, dans le cadre de la promotion du sacro-saint « DESTIN COMMUN« ,  a développé des outils spécifiques pour appréhender le politique sans toutefois se renier complètement.

II / Des moyens spécifiques mais encore peu maîtrisés

Deux méthodes d’actions permettent à beaucoup actuellement de pouvoir conjuguer intérêt personnel, familial, et celui public et général dans l’expression de leurs activités politiques.

Il s’agit de la méthode du schizophrène culturel (A) et celle du syncrétisme culturel (B).

A/ Le politique kanak est schizophrène :

Il fait la part des choses. Ce qui est du monde occidental,  juridicisé et rationalisé constitue une part étrangère qu’il se doit d’assimiler sans que cela ne remette en cause son appartenance pleine et entière à un clan, une famille, une tribu, qui lui réserve une place différente mais reconnue par lui.

Certains franchissent le pas, et adoptent un mode de vie typiquement occidental, laissant derrière eux toute référence au mode de vie rural préconisé par leur électorat.

En tout cas , pour le schizophrène les deux conceptions sont incompatibles et l’obligent à faire un choix d’espace mental selon qu’il agit dans les rigueurs de la loi ou dans la souplesse coutumière, ce qui n’est jamais évident, d’où les amalgames fréquents.

Ceux qui ont choisi le syncrétisme culturel pensent au contraire qu’on peut intégrer une conception canaque de la politique à celle occidentale.

B/ Le politique kanak est syncrétique

Certes, on voit souvent les rituels coutumiers classiques lors des meetings ou congrès politiques, toutefois beaucoup voudraient voir le politique dominer les structures de pouvoir traditionnelles.

La place du sénat coutumier est à ce titre évocateur : comment valoriser une structure où les membres sont cooptés selon leur appartenance familiale plus que sur leurs compétences?

En les intégrant à un mode de représentation social occidentalisé, comme établi dans l’accord de Nouméa.

En effet, le rôle du sénat coutumier est une forme d’appropriation institutionnelle de la coutume qui n’est que symbolique. Les politiques kanaks tirent eux leur légitimité du suffrage universel et s’accommode de cette légitimité pour justifier leur positionnement rationalisé sur le plan de la gestion administrative.

En somme, en reconnaissant institutionnellement la « coutume » grâce au Sénat coutumier, la loi organique dédouane les politiques kanaks de leurs interrogations existentielles.

Le rôle de la femme, le foncier, ou par exemple la notion d’identité calédonienne sont tous désormais des interrogations qui échappent au politique kanak devenu professionnel, pour se retrouver comme sujets de débats au Sénat coutumier.

C’est de schéma que naît progressivement le ZOON KANAK POLITIKON, l’animal politique kanak…

LUTHER VOUDJO



Chapitre Débats et des hauts par Trapard Creteux le 17 janvier 2010

Sans doute vous souvenez vous de cet article ICI publié il y a quelque temps sur le Cri du Cagou qui avait agité les claviers en commentaires et qui était écrit par un usager des services postaux mécontent.

Un autre Anonyme vient de me joindre une photographie d’un CD de collection qu’il vient de recevoir broyé. Il se dit préférer rester anonyme de peur de représailles des employés.

Il me fait dire aussi, de colère, que « ces services qui refusent toutes mauvaises prestations pour eux, vous envoient chier lorsque vous venez les voir pour des recommandations du type colis volés ou détruits… »

cd cassé



Chapitre Débats et des hauts par Trapard Creteux le 19 décembre 2009

Voici un nouvel article de réflexion proposé par M. Luther Voudjo (de loin, loin là-bas…)

la case

« Notre identité est devant nous » disait Jean-Marie Tjibaou.

Il ya plus de trente ans, le Festival Mélanésia 2000 fait émerger, aux yeux d’une Nouvelle-Calédonie qui se réveillait à peine de la fin du boom du nickel, l’expression artistique canaque au sein de ce que certains appelaient « Nouméa, la ville blanche ». Organisé par Jean-Marie Tjibaou et Jacques Iékawé, ce festival est une étape décisive de la réflexion intellectuelle canaque sur sa société : de Bwesou Eurijisi, Eleisha Nebayes, Anova Apollinaire Ataba à Nidoish Hnaisseline ou actuellement Sam Léonard, Billy Wapotro ou Mapone Cawidrone…. A partir de cet événement naît un concept de kanakitude, à l’image de celui de négritude, qui recouvre tous les domaines d’activités : art (kaneka, sculpture, littérature avec Dewé Gorodey par exemple etc..), économie ( micro-projet agricole, GIE tribaux, GAPCE…), politique ( rituel coutumier lors des réunions et utilisation des réseaux traditionnels comme soutien de campagne…), voire juridique ( assesseurs coutumiers, police tribale…).

Une génération plus tard, on peut affirmer qu’il y a véritablement un nouvel état kanak, fondé sur un espace mental supratribal (I), et la multiplication des schèmes de transmission culturelle (II).

I/Un nouvel espace supratribal

La mondialisation et l’urbanisation, ont élargi l’espace de vie kanak de façon à redéfinir les repères sociaux nécessaires à la construction mentale de l’individu (Cf : Nicolas Roussiau, Charles Bonardi , Christine Bonardi « les représentations sociales », 1999).

Or ce n’est pas la tribu qui a disparu, mais elle s’est élargie au point de recouvrer un espace nationalisant. Le politique a contribué a cette diffusion en proposant comme solution de la notion de kanak, qui apparaît dans les années 1970 de façon positive.

La déterritorialisation (cf: Pierre Brunet « les nouveaux territoires », 2003) s’applique désormais aux représentations sociales canaques, qui s’appuie désormais sur un ensemble intégré à l’espace-monde, tout en s’ouvrant à d’autres groupes socio-ethniques.

C’est ce à quoi participent les schèmas de transmissions culturelles.

II/ La diversification des schèmes de transmissions culturelles:

Les médias se sont appropriés une part croissante du mode de transmission culturelle;internet, les mobiles, et les journaux , contribuent au développement d’un mode informationnel concurrentiel pour les schèmes de transmissions traditionnels.

L’école est au centre de ce dispositif de diversification mais reste complémentaire: Dolto, Lacan comme Raoul Duffy, ou Jacques Salomé insiste sur la nécessité familiale comme source de l’intégration sociale.

La notion océanienne de famille élargie reste à ce titre pertinente, mais pousse les acteurs traditionnels à se redéfinir, amenant non plus à concurrencer les vecteurs modernes de transmissions, mais à les accompagner.

De là naît le nouvel état kanak.