
Un peu plus âgé que MrGouillat, j’ai vu « vivre » les monômes beaucoup plus longtemps, mais son texte décrit bien l’ambiance générale de l’époque.
Je vais ajouter quelques éléments qui donneront une autre idée de la chose…
J’étais aussi au collège Mariotti, mais plusieurs années auparavant. Et si mes souvenirs sont bons, c’est à partir de mon année de quatrième que j’ai compris l’importance ce cette « mini révolution » qu’étaient les monômes. Pas dans le fond, mais surtout dans sa forme : une petite guéguerre entre jeunes avec rage et sans drapeaux…
A l’époque, j’étais déjà très adepte des déviances de « Bravo l’Eté » des années 80, période durant laquelle, les jeunes citadins de Nouméa, s’armaient de bombes à raser, pour en badigeonner leur prochain. Concernant les monômes, bien que collégien, je souhaitais à tout prisx entrer dans le « jeu » des bacheliers… « Moi aussi ! Moi aussi ! »
Donc, à la fin de ma quatrième, je refusais de tomber dans le piège de me laisser enfermer par les « pions » qui clôturaient tout le collège, à la moindre alerte. Je séchais les cours de la journée entière…
« La vérité est ailleurs » dit le slogan.
Le danger était « dehors » tout simplement…
Et, adolescent, m’intéressant encore peu aux amitiés naissantes, je préférais affronter les choses en solitaire.
Je me souviens qu’à chaque monôme (ils ont été interdits, pas longtemps après que j’aie été bachelier moi-même), je séchais ma journée de cours, pour arpenter, en piéton, les rues du centre ville, jusqu’aux baies pour me confronter au dit-danger.
Comme lors de « Bravo l’Eté », Nouméa était une « ville blanche » mais, ici, au lieu de mousse à raser, de la farine et des œufs crus, maculaient la cité, éclatés ici et là…
Les Nouméens, alertés la veille par les rumeurs, se créaient leur propre couvre-feu ces jours précis…
Seuls quelques « brigands » de mon espèce, des jeunes, eux aussi, erraient à pied attendant la confrontation. On se saluait au passage en geste de respect, mais toujours attentifs aux mouvements alentours.
Cette confrontation n’était jamais à arme égale, puisque en tant que non-bachelier, et ne me considérant pas dans « ma propre guerre » (je l’ai piquée à John Rambo, celle-là…), je ne « m’armais » jamais…
Mains dans les poches, après avoir bien camouflé ma musette US de surplus américain, dans des broussailles, je guettais l’assaillant. Et celui-ci, en âge de conduire, circulait dans la ville, presque exclusivement en 2 ou 4 roues. J’ai pu voir jusqu’à six passagers dans des Renault 5 ou des Coccinelles, sans parler des pick-up qui pouvaient charrier une communauté de lycéens, généralement masqués ou cagoulés de leurs tee-shirts, les torses-nus, apparaissant dans un nuage de fumée farineuse et hurlant comme des sauvages…
Donc, le jeu était qu’à chaque approche d’une voiture assaillante, je devais esquiver les œufs…Après chaque monôme, mes vêtements étaient toujours maculés de jaune d’œuf sec, ceux-là, qui avaient toujours éclatés à quelques centimètres de moi. Je me souviens avoir utilisé des esquives de boxeur, allant jusqu’à plonger sur le sol terreux ou boueux tel un gardien de but…
Petit à petit, au fur et à mesures des monômes, je me suis cagoulé moi-même avec mon tee-shirt retourné, pour éviter une autre confrontation : celle des parents, le soir, en rentrant, mon tee-shirt dégueulasse…
Une fois seulement, j’ai reçu un œuf cru, de plein fouet, un peu en dessous du front, et lancé à plus de 50 mètres de distance. Et bien que j’ai maudit ce lanceur embusqué sur une colline, durant ce laps de temps où il m’a fallu retrouver mes esprits et ma vue, je me souviens avoir eu beaucoup de respect pour un si bon « viseur »…(« ‘culé, va !!! »)
Aujourd’hui et depuis le début des années 90, le monôme est illégal. Le mot « illégal » ne me semble pas adéquat, puisque la pratique n’a jamais été encouragée durant son existence.
Je me demande même pourquoi les bacheliers ne pratiquent plus un tel rituel, même au risque de se faire « coincer » par les gendarmes. Non pas que je cherche à mettre le « waïlle » dans la ville mais je trouve que ce petit exercice (comme celui de « Bravo l’Eté ») permettait à beaucoup de jeunes de se défouler et de prendre un bon bol « d’action » hors cadre scolaire. Aujourd’hui, exceptés les sports et les jeux de « paint ball » qui coûtent du pognon, ça sortirait un peu les d’jeuns de leur routine et de cet engouement pour cette société de consommation très casanière, finalement.
Et puis, putain, comme on dit : « une bonne guerre, ça ne ferait pas de mal ! ». Et cette guerre-ci n’a jamais tué personne. Ou alors, peut-être, de fatigue, les employés de la CSP, le lendemain…