Chapitre ‘Racines du cagou’

Chapitre (Echos du révolu et de l'altéré) par MrGouillat le 7 février 2010

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Je me souviens des levers tôt, du départ au petit matin, alors que la nuit traîne encore dans les vapeurs d’humidité. La route est calme, l’heure s’y prête, on voit parfois passer une chouette en vampire pressé de rentrer, puis les rayons percent les crêtes, la lumière éclaire le bitume et on approche du péage, les premières lignes de voitures en sont les repères immanquables.

Nous sommes des centaines au bas mot, à nous inscrire dans le mouvement, pour aller qui à son travail, qui déposer les gosses en cours, qui faire les deux tant que possible, tous les matins, aux mêmes heures. Entrée goulot d’étranglement, Nouméa doit se désirer quand on entend y progresser, prendre son mal en patience, et rouler au pas, en première.

A force on retrouve les mêmes, des voitures aux mêmes horaires, calées comme papier à musique, là un pick-up, un break ici, nous nous croisons sans nous connaître, mais l’imposé ralentissement fait que nous pouvons le savoir.

Il y a quelques resquilleurs, des impatients, des impulsifs, empruntant l’accotement terre comme une piste pour VIP que personne d’autre n’oserait prendre, avant que de se faufiler pour reprendre place dans la file. Parfois la police est présente, ils connaissent le jeu et les coins, et se font un joyeux plaisir de cueillir ces malins pressés en poissons courant vers la nasse.

Un peu plus loin on passe le nœud, l’endroit où le Mont-Dore s’impose dans la longue file frémissante, une voiture, on passe, une voiture, la courtoisie est à l’épreuve, confrontée au mauvais réveil ou au retard des non-réveil.

Pendant ce temps l’autoradio se répartit tant bien que mal entre les nouvelles de papa et les cassettes punk-métal-rock. Chacun tâche d’y mettre du sien, le conflit des générations s’accommode de promiscuité, tant pis si ça râle ou soupire, on fait avec, pas trop le choix.

La circulation se libère, passage fluide jusqu’à Ducos, puis on remet ça grâce aux feux à l’entrée de la SLN.

Parfois ça roule sans ralentir, et l’on sait qu’il y a un match en direct de la métropole, tous les amateurs de foot seront en retard au travail, et mine de rien ça fait du monde à en juger comme ça circule.

Ca y est on est enfin en ville, maintenant les bouchons sont autres, toujours présents mais différents, la route n’est pas encore finie.

Ce soir on repart dans l’autre sens, par la RT1 cette fois, une autre histoire, une autre route, mais elle elle n’a pas tant changé.



Chapitre (Racines du cagou) par Trapard Creteux le 24 janvier 2010

jm tjibaou et drapeau



Chapitre (Echos du révolu et de l'altéré) par Trapard Creteux le 24 janvier 2010

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Le Drive-in…

Je dis LE drive-in, car, c’est en fait, l’unique drive-in que j’ai connu et fréquenté.

Le Drive-in, vestige US de la guerre du Pacifique, des distractions et autres bienfaits de l’implantation américaine en Nouvelle Calédonie. Ne voyez aucune forme de pro-américanisme, dans ces mots, mais juste de la satisfaction d’avoir profité de l’un de ces cadeaux américains à la Calédonie. Le Drive-in…

Et ce Drive-in, ça a été comme une histoire d’amour pour moi : celle qui m’a aspergé des mille paillettes de la baguette magique de la fée cinéma…D’ailleurs au début, c’était un peu ça pour moi, le cinéma : des paillettes qui m’aveuglaient, m’ensorcelaient, m’envoûtaient…

Un peu comme avec « Elephant Man » de David Lynch, projeté en 1982 au Drive-In et qui fut mon premier visionnage dans ces lieux. « Dans » ? Non, en réalité, mon frère et moi, étant trop jeunes pour aller le voir, nous sommes restés, avec mon père au volant, à l’entrée, derrière le grillage, à regarder l’écran géant en vision diagonale et sans le son. Un film incroyable, que j’ai redécouvert des années plus tard avec une toute autre histoire, et mille fois moins impressionnante (presque décevante) que celle que l’alchimie en pleine ébullition de mon imagination d’enfant avait fait ovuler devant ces superbes images en noir et blanc…

Je ne me souviens plus vraiment quel fût LE premier… Le film que nous (toujours avec mon frère et mon père, un bon compagnon de loisirs, un bon père, quoi…) avons découvert avec la sonorisation du lieu, je l’ai oublié. Car en avons vu 50 ? Ou plutôt 100, au final ? Je ne saurais le dire puisque, plus encore que le Rex ou le Liberty, le Drive-In du Pont de Français, avait notre préférence. Ce côté familial, ce côté désuet aussi nous plaisait. Et être dans notre véhicule, ça m’a toujours donné l’impression d’aller au cinoche dans une des pièces de la maison, avec les duvets, les coussins, les jus de fruits, et même parfois, avec le chien…On amenait la maison au cinéma, en gros ! Et il y avait d’autres petites maisons à quatre roues partout autours de la notre, dans cet immense parking dont l’écran géant, immense, sur pilotis, nous surplombait.

Le parking était constitué d’une centaine de places délimitées, et pendant des années, nous ouvrions les fenêtres du véhicule pour y introduire, les hauts parleurs, disposés, par deux, sur des poteaux plantés à droite de chaque place du parking. Des années plus tard, les hauts parleurs ont été remplacés par une connexion avec ondes radiophoniques à nos autoradios de bord. C’est d’ailleurs, ce qui a permis à certains de regarder de nombreux films, placés sur les hauteurs du quartier : le cinéma gratos, en gros !

Le cinéma gratos, nous l’avons aussi pratiqué, en famille. Plusieurs fois, je me suis glissé sous un duvet sur lesquels mon frère posait ses pieds, et nous payions 2 places au lieu de 3. Cette filouterie, n’a jamais été faîte dans un but de fraude, mais je me souviens avoir adoré cette sensation de peur, celle à laquelle beaucoup de gosses aspirent : la peur d’avoir peur…La peur de se faire attraper, une montée d’adrénaline jouissive à l’extrême, comme un saut à l’élastique ou en parachute ou un bon DVD effrayant…Mais cette peur, c’était aussi, un moyen de déconner en famille, petit cocon dans lequel mon frère et moi, nous blottissions…

Et les programmes du Drive-In, à part ça ? Si je serai incapable de me rappeler du premier film vu dans ces lieux, je pourrais en citer quelques classiques… « Terminator 1 » de James Cameron, les « Portés Disparus » avec Chuck Norris, « Mad Max 2 », « La Folle histoire du Monde » de Mel Brooks, ainsi que des Terence Hill & Bud Spencer à la pelle, des Bernard Menez en veux-tu, en voilà, et même des Disney…Certains parleraient aujourd’hui de navets, mais c’était notre lot d’images et de découvertes, d’hier…

Si je devais me remémorer des moments forts durant ces projections je citerais « Terminator » sans hésiter pour la trouille que ce film m’a apportée, mais je marquerais d’une pierre blanche la projection de « Mad Max 2 » dont je m’amuse encore aujourd’hui… En effet, nous avions nos boissons dans la voiture lors de ces virées nocturnes, et ce fut le cas aussi pour ce film. Et qui boit beaucoup, pisse pas mal aussi, non ? Donc, nous devions, dans les premiers temps, demander à notre père de se lever en pleine projection de notre « deux portes » familial pour courir (de peur de louper une scène importante) jusqu’aux WC situés dans le snack du parking…Dans un second temps, las de se lever, pour un oui ou pour un non, mon père nous avait demandé de nous équiper de pots de confiture dans lesquels nous urinions. Mais voilà, mon frère eut, durant « Mad Max 2 », l’idée intelligente d’avoir peur au moment où cela faisait le plus peur, et donc de sortir son truc pour remplir le pot de confiture, au moment où le gamin muet, poussé par Mad Max qui lui crie d’attraper la dernière cartouche sur le capot avant du camion. Moment surtout, où un détraqué punk de la route, le visage ensanglanté, bondit sur le capot et attrape la main du gosse en hurlant… Puis c’est le gosse qui hurle… Et moi, je hurle aussi… Mon père bondit dans son fauteuil et mon frère envoie valdinguer son pot de pisse, ouvert, à travers la bagnole. L’arroseur arrosé…En tout cas, ce fut mon moment de cinéma interactif le plus vivant qui soit…Le plus humide aussi…

Humide, comme les soirées pluvieuses où nous regardions les films au travers d’un écran flouté par des trombes d’eau et ces éternels vas et viens des essuies-glaces…Hypnotiques…

Des souvenirs humides ou chaleureux, mais plus que des souvenirs pour moi…

J’ai dû retourner sur les lieux (en plus de la braderie du dimanche) une dernière fois, en 2005, peu de temps avant l’arrêt des projections, pour y regarder « Les 2 frères » de Jean-Jacques Annaud…La magie de mon enfance s’y était, bien entendu dissipée, mais le charme de ces projections étaient toujours présent. Des gosses, des vieilles étaient assis ou allongés sur des nattes et regardaient le film, en plein air, la porte de leur voiture entrouverte, pour avoir le son, et le ciel, au dessus de nos têtes, nous souriait, bienveillant…Des jeunes zonaient aussi un peu partout fumant, traînant, passant le temps avec toujours, un coin de l’œil dédié au film qui défilait. Une autre époque. De bons souvenirs. Un temps révolu, malheureusement…Reste, peut-être Cinébrousse pour combler un centième de ces moments de bonheur…



Chapitre (Racines du cagou) par Trapard Creteux le 23 janvier 2010

Charles Baou

Le Français Charles Baou (42 ans ; 31 victoires, dont 28 avant la limite, 8 revers), désormais installé à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et gérant d’une société de vigilance.

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