Un article emprunté au blog Action Biosphère
Une saine réflexion sur la politique de la ville de Nouméa en matière de circulation
Action Biosphère
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Un projet « parachuté », qui ne s’inscrit pas dans une réflexion globale de développement urbain, ni dans un Schéma de Déplacement cohérent
On aurait pu s’attendre, pour un projet de cette ampleur qu’il s’inscrive dans une réflexion plus globale sur le développement urbain à venir et que dans sa présentation, il soit fait plus largement référence à des textes réglementaires qui encadrent le développement urbain tels que le PDU ( Plan de Déplacement Urbain ) en métropole ou des outils locaux de prospective tels que le PDAN ( Plan de Déplacement de l’Agglomération de Nouméa) ou encore le SCAN ( Schéma de Cohérence de l’Agglomération Nouméenne).
Le PDU, formalisé en métropole dès 1982 dans le cadre de la Loi LOTI ( Loi d’Orientation sur les Transports Intérieurs) a été rendu obligatoire en métropole pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants avec la Loi LAURE( sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Energie) et se trouve renforcé par la Loi SRU ( relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbain) .
Selon les termes mêmes de la Loi, le PDU « vise à assurer un équilibre durable entre les besoins entre les besoins en matière de mobilité et de facilité d’accès, d’une part, et la protection de l’environnement et de la santé, d’autre part. Il a comme objectif un usage coordonné de promotion des modes les moins polluants et les moins consommateurs d’énergie…. »
Dans cette perspective, le PDU se traduit par des mesures concrètes telles que :
- L’amélioration de la sécurité de tous les déplacements
- La diminution du trafic automobile
- Le développement des transports collectifs et des moyens de déplacement économes et les moins polluants pour l’environnement, notamment l’usage de la bicyclette et la marche
- L’aménagement et l’exploitation des réseaux et voiries d’agglomération, afin de les rendre plus efficaces, notamment en les partageant entre les différents modes de déplacement et en favorisant la mise en œuvre d’actions d’information sur la circulation
Localement dans le SCAN, à la page 119, un tableau synthétique présente les enjeux, orientations stratégiques et objectifs en matière d’urbanisme et de déplacement. On peut y lire entre autre :
- Concevoir un mode de transport collectif à grande capacité en site propre ( TCSP)
- Organiser une offre de parkings relais de dissuasion en lien avec le futur TCSP et le réseau TC ( Transports en commun)
- Valoriser l’image du transport public et améliorer la qualité du service
- Restructurer les réseaux existants, développer les modes alternatifs et l’intermodalité
- Développer des itinéraires cyclables ( Plan vélo)
- Mettre en valeur les cheminements piétonniers
- Valoriser les cœurs de quartier et les centres-villes par des aménagements de qualité pour les piétons et les cyclistes…
Chacun peut constater que le projet d’échangeur routier se situe très loin de l’esprit du PDU et des mesures concrètes préconisées dans le SCAN. On peut dès lors s’interroger sur l’utilité d’études coûteuses et longues comme celles qui ont abouti au SCAN pour décider finalement à n’en tenir aucun compte.
Un projet coûteux, présenté comme une solution, qui risque à terme d’aggraver le problème.
Sur le constat, tout le monde est d’accord, pouvoirs publics, experts, usagers ou associations : le temps passé dans les embouteillages pour les habitants du Grand Nouméa qui se rendent tous les jours à leur travail est de plus en plus intolérable aux heures de pointe, à l’entrée de Nouméa. Le dossier de l’enquête publique fait état, sur la Voie express, à hauteur de l’Etrier d’un flux quotidien, dans les 2 sens de 55 000 véhicules.
C’est sur la solution qu’on n’est pas forcément d’accord. Les élus proposent la construction d’un échangeur dont le coût est évalué à 1,5 milliard, qui va peut-être faciliter la liaison Ducos – Rivière Salée. A première vue, l’idée peut séduire, particulièrement les automobilistes, mais ce projet ne résoudra probablement pas, à moyen et long terme, le problème de la circulation à l’entrée de Nouméa. Tous les ans en effet environ 15 000 nouveaux véhicules sont immatriculés en NC dont au moins une dizaine de mille sur le Grand Nouméa, ce qui est susceptible d’augmenter le parc auto de 50 000 véhicules en 5 ans, qui s’ajouteront aux 55000 qui circulent déjà. Comment Nouméa, construite sur une presqu’île, comme chacun le sait, peut-elle absorber une telle quantité de véhicules, en assurer la circulation et le stationnement ? De tels chiffres montrent bien que le problème, c’est le déplacement en voiture. Alors que le seuil de saturation est probablement atteint, comment peut-on imaginer qu’un échangeur routier, favorisant encore un peu plus ce mode de déplacement va solutionner les problèmes de déplacement ? Si l’échangeur ne sert pas à améliorer la circulation, quelle en est la finalité ? Au moment de leur bilan, dans le cadre de futures campagnes électorales, nos élus pourront toujours le mettre à leur actif et arguer qu’ils se sont attaqués au problème.
Quelle alternative en cas de pic pétrolier ?
Le projet d’échangeur prévoit une piste cyclable et un passage pour piétons qui commenceront probablement à l’entrée du pont et se termineront à sa sortie, sans la moindre connexion à des circuits de part et d’autre, à Ducos et Rivière Salée. Par ailleurs aucune voie spécifique aux TCSP n’est prévue dans le projet. Ce qui montre bien que cet équipement est envisagé dans le plus profond mépris des modes de déplacement alternatifs à la voiture.
A chaque augmentation du carburant, les automobilistes s’insurgent et donnent de la voix pour manifester leur mécontentement. Que se passera-t-il au moment du pic pétrolier, que les études les plus optimistes situent entre 2020 et 2040,( si nous n’y sommes pas déjà entrés), quand le prix des carburants aura été multiplié par 10 ou 20 ? Beaucoup seront contraints de laisser leur véhicule au garage faute de pouvoir payer l’essence. Dans cette hypothèse malheureusement très plausible, quelle alternative auront les gens pour se rendre à leur travail ? Aucune parce qu’on n’aura rien investi dans les infrastructures permettant des modes de déplacements alternatifs comme les voies destinées aux Transports en Commun en Site Propre ou les pistes cyclables.
Contre-propositions au projet d’échangeur :
- Réaliser à l’horizon 2012/2013 : une première tranche de Transports en Commun sur Site Propre entre Rivière Salée – Montravel et le centre- ville et Ducos/centre-ville
- un circuit de pistes cyclables sécurisées reliant Nouville ( l’Université – Jules Garnier…) au centre-ville et éventuellement d’autres quartiers ( Rivière Salée, Magenta…)
- la création d’une flotte de vélos banalisés mis à disposition des usagers en perspective des Jeux du Pacifique permettant de rallier depuis Nouville, les différentes installations sportives sur des pistes cyclables sécurisées
-puis une seconde tranche de TCSP reliant Mont Dore au centre- ville ainsi que Païta et Dumbéa et étendre le circuit de pistes cyclables aux 7°km, Magenta et les quartiers sud
En y incluant évidemment les équipements et les mesures d’accompagnement nécessaires : parkings, tarifs, campagnes de communication etc….
Parce que l’échangeur de l’Etrier ne s’inscrit pas dans une perspective de développement urbain cohérent, qu’il n’est pas une solution durable aux problèmes actuels et futurs de circulation, parce qu’ il ne répond pas à la nécessité de développer des modes de déplacement alternatifs à la voiture et parce qu’il ne prend pas en compte les contraintes prévisibles en matière d’énergie, nous ne sommes pas favorables à ce projet.
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