Chapitre ‘La ZEx présente’

Chapitre La ZEx présente par MrGouillat le 8 mars 2010

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Anomie : état de désorganisation, de déstructuration d’un groupe, d’une société, dû à la disparition partielle ou totale des normes et des valeurs communes à ses membres.


6.Démarrage de la fin

Ca a recommencé quand le président du Syndicat n’est pas sorti de prison.
L’arrêté de la Cour d’appel est tombé le jour où prenait fin sa première peine de trois mois, remises comprises. Le Syndicat et les milieux informés attendaient une relaxe, le reste du monde attendait une simple confirmation de la peine.
Contre toute attente, la Cour d’appel a annoncé un durcissement de la sanction, durcissement argumenté notamment par les éléments recueillis dans les divers autres procès parallèles, lesquels mettaient en évidence sinon une organisation du chaos, du moins un encouragement. La sentence a été accueillie par des hurlements de colère d’un côté, des cris de joie de l’autre.

Le lendemain, les troupes du Syndicat reprenaient l’occupation active de la voie publique à travers tout le Territoire, et de fait leur jeu du chat et de la souris avec des gendarmes mobiles renforcés de cinq compagnies. Face à eux, des organisations dites citoyennes entreprenaient de contrôler l’accès aux quartiers, et garantissaient la garde armée des magasins et entreprises afin que ne se renouvellent pas les pillages. Les appels au calme et à la retenue du Gouvernement et de la Province trahissaient le manque d’engagement et de solution de l’exécutif calédonien.
Dès le premier soir, les débordements survenaient, à l’entrée de Ducos, à Numbo, à Montravel, ou à Koné, Canala et Houaïlou dans le Nord, mettant les forces de l’ordre en difficulté.
Le jour d’après, un climat insurrectionnel régnait sur Nouméa, alors qu’en Brousse les coutumiers s’efforçaient de calmer les esprits, épaulés par le parti du président de la Province Nord, hostile au Syndicat. Le Mont-dore et Yaté étaient une nouvelle fois coupés du reste du Territoire à la hauteur de Saint-Louis.
A midi, Loulou, José, Stanislas, Vitolio, François et sa bande étaient au rond-point de Montravel, acteurs ou spectateurs, séparés les uns des autres par des gendarmes plus que nerveux, tous résolus à en découdre, par conviction, vengeance, idéologie naïve, rancœur ou simple déconne.
Et le coup de feu a retenti.

A midi deux, à quelques mètres à peine de là où était tombé le fils de Jacques Trompa durant les Evènements, un autre corps s’est couché, abattu d’un coup de fusil.

Nyna s’est mise à aimer les filles quand François, encore boutonneux, lui a dit qu’il ne l’aimait plus parce qu’il préférait Carine. Elle ne s’est pas mise à les aimer tout de suite. C’est juste venu à la longue, parce que si elle avait pardonné à François de lui avoir tout pris pour la planter sans crier gare, elle n’a plus réussi à faire confiance aux hommes.
Mais ça, ni François, ni personne ne le saura jamais.

Illustration : Oh Shit, par aliska, sur DeviantArt

1-Innocente culpabilité
2-Riposte préventive
3-Activisme passif
4-Supplétif excédentaire
5-Endémisme cosmopolite

Publication initiale sur la Zone d’Expérimentation

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Une thématique périodique, des écritures diverses, de l’exploration des formes et des sujets, le tout pour se donner envie d’écrire, tels pourraient être des propos de la Zone d’Expérimentation



Chapitre La ZEx présente par MrGouillat le 1 mars 2010

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Anomie : état de désorganisation, de déstructuration d’un groupe, d’une société, dû à la disparition partielle ou totale des normes et des valeurs communes à ses membres.


5.Endémisme cosmopolite

François, la Kanaky, il s’en fout un peu. Depuis le temps qu’on lui en parle, depuis qu’il est petit en fait, il n’y a jamais trop cru. François, il est né à Nouméa, il regarde MTV et M6 sur CanalSat depuis qu’ils ont lancé les paraboles, il joue à la console depuis le collège, quand son père en a eu marre de lui filer des pièces pour les bornes d’arcade, il porte du Nike ou du KNKY, et sa dernière copine était une petite bourge de Ouémo qui adorait trop ses locks de métis. Alors la Kanaky, l’indépendance, tout ça, hein, ça lui paraît assez éloigné de ses préoccupations.
En même temps, son père est un métro, un ancien gendarme qui a épousé une fille de Thio. Du coup, au pire, il se sent un peu le cul entre deux chaises.

Quand il monte à Thio, dans la famille, on le prend pour un blanc, un fils de zor’, et s’il n’y avait pas sa console DS, son I-pod blindé de reggae ou son portable qui crache le son comme un vrai poste, sûr qu’on le laisserait à l’écart. Mais voilà. Les cousins, Kanaky ou pas Kanaky, la DS ils bloquent dessus pendant des heures à essayer de battre ses records, son I-pod, une fois qu’on l’a branché sur la chaîne, il tient son reggae toute la nuit, et le portable, rien que de l’ouvrir d’un coup de pouce, ça fait trop style.
Pareil à Nouméa. Il y a bien un ou deux gros cons qui lui ont balancé de l’enculé de kanak à bout portant, mais un, ils se sont pris un nid de guêpe sur la gueule, on n’emmerde pas la bande, et deux, il faut bien dire qu’ils étaient surtout jaloux de son succès auprès des filles. François a hérité du charme des deux ethnies.

Après ce n’est pas non plus un ange. Une fois qu’ils s’ennuyaient avec la bande, ça leur est arrivé de sauter un balcon, histoire de se prouver qu’ils pouvaient le faire, et de se gorger un peu d’adrénaline. Un voisin a appelé les flics aussitôt, et ils ont du courir comme des dératés pour se planquer dans un coin, ça leur a coupé l’envie de recommencer. N’empêche, ils savent ce qu’ils valent.
La bande, c’est Atelemo, le basketteur, un futunien (ne jamais le traiter de wallis) qui déteste le volley ; c’est Mike le caldoche de Ouémo, qui parle pire qu’un broussard sans jamais avoir dépassé Tontouta ; c’est Danny, le viet qui se prend pour Robert Smith depuis qu’il a découvert les Cure, trente ans après tout le monde ; c’est Totor, le Lifou silencieux, jusqu’au moment où il se lance, alors on ne l’arrête plus ; c’est Reggio l’italien, qui se prend pour un don juan parce qu’il est italien mais n’a encore jamais réussi à brancher une fille tellement il est soûlant ; et c’est Nyna.

Si François est un métis parce qu’il a du sang de blanc et du sang kanak dans les veines, que dire de Nyna ? Japon, Indonésie, Mélanésie, Irlande, Polynésie, Bretagne et Australie se mélangent en elle, magnifiant les beautés de chaque origine pour un résultat … incomparable. Pas un mec au lycée qui ne rêve de sortir avec elle, pas un mec de la bande qui ne serait à ses pieds si d’aventure elle claquait les doigts, pas un mec qui n’ait une chance avec elle, elle préfère les filles.
Et n’allez pas croire. Fille ou pas, elle n’est pas la dernière pour faire des conneries ni la moins bonne à Tekken 4. C’est elle qui les a motivés pour descendre faire un tour sur Montravel quand ça a recommencé. Il a suffi qu’elle mette au défi François pour que tout le monde suive.


Illustration : ipod, par MarleyBass, sur  DeviantArt

1-Innocente culpabilité
2-Riposte préventive
3-Activisme passif
4-Supplétif excédentaire

A suivre :

6-Démarrage de la fin



Chapitre La ZEx présente par MrGouillat le 22 février 2010

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Anomie : état de désorganisation, de déstructuration d’un groupe, d’une société, dû à la disparition partielle ou totale des normes et des valeurs communes à ses membres.


4.Supplétif excédentaire

Vitolio est né à Wallis, mais il ne connaît pour ainsi dire rien du royaume. Ses parents sont venus rejoindre sa tante alors qu’il avait à peine deux ans, et depuis, il n’a du y retourner qu’une fois ou deux pour des mariages dans la famille.
Au début, ils vivaient tous à l’Avé Maria. Comme les autres wallisiens de son âge, il jouait avec les kanaks de Saint-Louis, la tribu à côté. Il y avait forcément de la rivalité, le regroupement communautaire amène la revendication de son identité, haute et forte, et en face on fait pareil. Mais ça restait bon enfant, essentiellement cantonné aux jeunes et à leur besoin d’affirmation.

Cependant quelque chose a dérapé. Des motifs futiles ont été mis en avant, la confrontation a gagné les adultes, et le conflit s’est ouvert. Bientôt il n’a plus été question que de la terre que les wallis volaient aux kanaks. Des menaces ont fusé, de part et d’autres, les sabres ont été brandis, et les premières exactions ont été commises, sans que personne ne s’élève contre cette situation à l’extérieur.
Les deux communautés, autrefois cordiales voisines, étaient devenues des ennemis jurés sur fond de revendication foncière.
Les fusils ont fini par être sortis, les hommes ont commencé à monter la garde la nuit, jusqu’à ce qu’arrive l’irréparable. Des coups de feu, un mort, deux. Le point de non-retour.
Les politiques se sont enfin décidés à prendre les choses en main, les gendarmes ont fini par intervenir, autant pour protéger les uns des autres que pour permettre le retour de la circulation à hauteur de la tribu, l’opinion a enfin daigné s’émouvoir par-delà les seules communautés.
Finalement, les wallisiens de l’Avé Maria ont été relogés, ailleurs, seule solution viable pour mettre un terme au conflit. A seize ans, Vitolio était victime d’un conflit ethnique sur un territoire français.

Depuis, forcément, les kanaks il s’en méfie.
Ca ne l’empêche pas d’en fréquenter, on est dans le Pacifique et entre océaniens, les affinités restent grandes. Mais il reste sur ses gardes, on n’oublie pas certaines choses. Il a même adhéré au Syndicat, quand il s’est rendu compte que c’était le seul à pouvoir le protéger activement dans son boulot. Ce n’était pas une originalité en soi, malgré ses affichages kanaks, nombre de wallisiens et futuniens sont militants actifs.
Vitolio était avec eux à Carsud quand les mobiles ont chargé au petit matin, prélude à une matinée de guérilla urbaine. Il ne sait plus pourquoi ils faisaient grève et bloquaient la compagnie de bus, mais il était là. Il était tout autant là à l’aérodrome de Magenta, quand à nouveau les mobiles ont chargé, repoussant les syndicalistes dans les avions, et amenant à l’emprisonnement du président  et de quelques camarades. Là non plus il ne sait plus trop quel était le motif de la grève, mais l’important c’est d’être là quand les militants sont appelés.

Vitolio a commencé à se poser des questions lors de la dernière grève générale, quand on a parlé d’état colonial, de renvoyer les blancs chez eux, de la Kanaky aux kanaks. Les messages faisaient un écho désagréable à ce qu’il avait vécu à l’Avé Maria, et la méfiance est revenue, plus forte que jamais, se demandant si son statut de syndicaliste prévaudrait sur son origine wallisienne au moment des comptes.
Il en a parlé à Ignace, son pote kanak, le seul à qui il fait vraiment confiance depuis qu’ils ont assommé un gendarme ensemble. Il lui a dit de ne pas s’inquiéter. Que ça ne fonctionnait pas comme ça. Que le Syndicat ne laisserait pas tomber ses membres.
Il veut bien le croire. Pourtant il a vu le regard de certains, quand la Number One fait bouillir les esprits.

Illustration : Number one

1-Innocente culpabilité
2-Riposte préventive
3-Activisme passif

A suivre :

5-Endémisme cosmopolite
6-Démarrage de la fin



Chapitre La ZEx présente par MrGouillat le 15 février 2010

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Anomie : état de désorganisation, de déstructuration d’un groupe, d’une société, dû à la disparition partielle ou totale des normes et des valeurs communes à ses membres.


3.Activisme passif

Stanislas milite depuis ses dix-huit ans et les manifestations de 2004 contre De Villepin et son nouveau contrat révolutionnaire. Cinq ans qu’il s’active, de toutes les luttes, depuis les OGM jusqu’au G8 en passant par l’Irak et l’Afghanistan ou les Enfants de Don Quichotte. Photographe de passion, un jour de profession, cela lui a valu de partir en Guadeloupe quand l’île était bloquée, relayant par la même occasion son analyse au NPA.
C’est ce qui lui a permis, quand ils ont commencé à enfermer des syndicalistes en Nouvelle-Calédonie, de s’y faire envoyer. D’accord il a payé son billet, le Parti n’a pas les moyens de son capitaliste de père, mais il est correspondant officiel quand même. Et photographe engagé. Et puis ce sont les vacances scolaires, la fac ne reprend pas avant octobre.

Quand il a débarqué, Stanislas a aussitôt été séduit par la lumière. Puis ça été l’accueil, un gars du Syndicat chez qui il devait loger, qui est venu le chercher avec sa smala dans deux minibus. Direction Rivière Salée, un quartier à l’entrée de Nouméa. Rien que le nom fleure bon les tropiques et la simplicité de l’évidence.
Il était à peine installé, la chambre des enfants mise à sa disposition, qu’on le conviait à assister à une première réunion à propos des camarades emprisonnés. Stanislas n’a pas hésité. Il a passé outre la fatigue du décalage horaire, a saisi son appareil photo, et a embarqué dans un quatre-quatre rutilant pour rejoindre le quartier général du Syndicat.

Il y avait foule dans cette espèce de camp retranché. Des hommes, des femmes, des enfants, autant de visages graves ou souriants à saisir sur son appareil. Des palettes pour barricades, des pneus pour barrière, des bâches bleues pour toit, des demi fûts pour barbecue, des rails pour poser les marmites sur le feu. Et des drapeaux. Ceux du Syndicat, bien sûr, mais également ceux du front indépendantiste, symboles de la lutte kanake contre la colonisation de l’Etat français.
A l’intérieur du bâtiment, les cadres étaient déjà installés, et discutaient des actions à mener maintenant qu’ils avaient réussi à faire plier l’Etat et obtenu le protocole d’accord avec la Compagnie. Le prochain objectif était la libération du président et des camarades, incarcérés pour des motifs fallacieux dans le seul but de mater le Syndicat. A cet effet, la majorité optait pour la reprise de la grève générale, de manière pacifique, afin de ne pas mobiliser une nouvelle fois l’opinion publique blanche contre le Syndicat. On verrait ensuite ce qu’il sortirait du procès en appel.

Stanislas était sur une autre planète. Le décalage aidant, l’enthousiasme d’être au plus prêt de la dernière lutte anticoloniale française, la solennité de ces hommes et femmes qui avaient été chargé aveuglément par les gendarmes mobiles à trois occasions, sans pour autant abandonner le combat, tout ceci lui semblait à la fois vrai et irréel. Il se sentait en phase, il se sentait au cœur de la lutte, comme jamais, il se sentait vivant.
Enfin ils lui ont parlé.
Ils lui ont parlé du Haut-commissaire, la main de Sarkozy pour réprimer les partisans de Kanaky. Ils lui ont parlé de l’Etat, prêt à charger sitôt qu’une entreprise est bloquée, sitôt qu’une route est barrée, sitôt que des militants se regroupent. Ils lui ont parlé des blancs, imbus de leurs privilèges, qui n’osent sortir des quartiers sud que quand le gouvernement fantoche de Calédonie donne leur matinée à ses fonctionnaires pour aller manifester contre le Syndicat. Ils lui ont parlé de la justice aux ordres de l’Etat, condamnant à la prison ferme sur des accusations infondées d’entrave à la circulation d’un aéronef. Ils lui ont parlé de la presse, majoritairement aux ordres de l’Etat ou du Patronat. Et Stanislas les a écoutés, révolté au dernier degré.

Mais quand il leur en a fait part, se sentant honteux d’être français quand d’autres français étaient ainsi traités, les regards se sont durcis. Quand il leur a annoncé, enchanté, comme il envisageait de s’installer ici pour contribuer activement à leur lutte pour la préservation d’un si beau pays, les visages se sont fermés. Quand il a souligné qu’il encouragerait tous les militants français de sa connaissance à venir les rejoindre, les dos se sont tournés.
Finalement, son hôte est venu le chercher, et sans avoir rien compris du revirement d’humeur, Stanislas s’est retrouvé de retour dans sa chambre, tenu à distance par le silence pesant de la famille.


Illustration : sur marc vallée photojournalist

1-Innocente culpabilité
2-Riposte préventive

A suivre :

4-Supplétif excédentaire
5-Endémisme cosmopolite
6-Démarrage de la fin