Chapitre PaciFric Hollywood par Trapard Creteux le 28 janvier 2012

John Wayne (1907–1979)

Pour La Télé du Cagou, nous allons partager irrégulièrement (pour ne pas diluer l’actualité sur le blog) des extraits de films souvent américains, mais parfois aussi français et italiens, tournés dans le Pacifique, entre la Mélanésie, la Micronésie et la Polynésie. Ce seront parfois (et souvent même) des extraits de séries Z ou « nanards » (terme qui désigne les mauvais films) et dont les sujets donnent une vision totalement scénaristiquement pré-fabriquée des divers peuples océaniens présentés à l’image. Le but, bien entendu, n’étant pas de dénigrer qui que ce soit ou dans un but raciste de ridiculiser un peuple ou une communauté, mais de retranscrire ce décalage entre Hollywood et la réalité.

Roger Boulay avait déjà enquêté sur ce sujet, abordant des clichés parfois malsains, au niveau de la littérature populaire dans son livre « Cannibale et Vahinnées ». Pierre et Sonia Faessell ont aussi travaillé sur ce thème proposant des projections de films au centre culturel Tjibaou.

Quelques titres déjà abordés :

TABOU

COMPILATION PACIFIC HORROR DES ANNEES 30

LES REVOLTES DU BOUNTY (1935)

DEVIL MONSTER

LES AMANTS DU CAPRICORNE

BELA LUGOSI MEETS A BROOKLYN GORILLA

THE PHANTOM FROM 10 000 LEAGUES

Pour cet article, nous vous présentons une mini compilation de films interprétés par John Wayne (le célèbre comédien hollywoodien habitué aux rôles de cowboys de la conquête de l’Ouest américain), ici sélectionnés en fonction de leur action se déroulant dans la région Pacifique. Certains d’entre eux, des classiques, sont des retranscriptions scénarisées de la Guerre du Pacifique qui s’est opérée entre 1942 et 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, dont la Nouvelle Calédonie en a été l’un des éléments stratégiques. Mais de John Wayne en Calédonie malheureusement…

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1. IWO JIMA / SANDS OF IWO JIMA (1949) d’Allan Dwan / Republic Productions.

Ce film d’Allan Dwan, interprété par John Wayne, mais aussi par John Agar (comédien connu des fans de films de SF des années 1950) retranscrit la bataille d’Iwo Jima, qui opposa, en février et mars 1945, sur l’île japonaise d’Iwo Jima, les États-Unis et l’Empire du Japon, dans le cadre du théâtre d’opération du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale, aboutissant à la conquête de l’île par les États-Unis. Cette même bataille a aussi été récemment adaptée au cinéma par Clint Eastwood pour son diptyque, LETTRES D’IWO JIMA et MEMOIRES DE NOS PERES (diffusés au Centre culturel Tjibaou).

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2. LES DIABLES DE GUADALCANAL / FLYING LEATHERNECKS (1951) de Nicholas Ray / RKO Pictures.

La bataille de Guadalcanal (une grande île des Îles Salomon) fut une bataille de la Seconde Guerre mondiale, dans le théâtre d’opérations de l’océan Pacifique. L’assaut sur l’île occupée par les Japonais à Guadalcanal, par les marines alliées débarquant seize mille hommes à partir du 7 août 1942 était la première phase de l’offensive. Des attaques amphibies simultanées eurent lieu sur les îles de Florida, Tulagi, Gavutu et Tanambogo.

Réalisé par Nicholas Ray, LES DIABLES DE GUADALCANAL porte un titre français inexact, l’action se situe en bien d’autres lieux que Guadalcanal. On assiste à une attaque de flotte japonaise qui devrait se situer à Saipan, et des attaques de kamikazes, qui ont dû avoir lieu à Okinawa. C’est l’histoire de deux années de guerre d’une même escadrille qui nous est racontée. Le titre d’origine Flying leathernecks fait allusion à l’usage, chez les Marines d’autrefois, de porter le chapeau réglementaire, avec la jugulaire nouée sur la nuque, ce qui leur avait valu le surnom de « nuques de cuir ». Il est évident que pour les spectateurs français « nuques de cuir volants » n’aurait pas été évocateur.

Vous retrouverez dans notre extrait, les deux acteurs principaux du film, que sont John Wayne, et Robert Ryan.

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3. OPERATION DANS LE PACIFIQUE / OPERATION PACIFIC (1951) de George Waggner / Warner Bros. Pictures.

À travers l’épopée d’un équipage de sous-marin, dirigé par le Commandant Pop Perry, et son adjoint le Lieutenant Duke Gifford (incarné par John Wayne), OPERATION DANS LE PACIFIQUE évoque la difficulté qu’eut la marine américaine à améliorer l’efficacité des torpilles équipant ses sous-marins pendant la période critique après l’attaque de Pearl Harbor.

Le film, sorti en salle en 1951, a été tourné par George Waggner, connu pour avoir tourné un certain nombre de films d’épouvante pour la firme Universal dans les années 1940, dont le fameux THE WOLFMAN (Le Loup-Garou).

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4. LE BARBARE ET LA GEISHA / THE BARBARIAN AND THE GEISHA (1958) de John Huston / Twentieth Century Fox.

Ce film de John Huston place son action au Japon en 1856. Le diplomate Townsend Harris (John Wayne), accompagné d’un interprète et ami, Henry Heusken (Sam Jaffe), vient prendre son poste de premier ambassadeur américain au Pays du Soleil Levant, suite à un traité signé avec les États-Unis. Il se heurte à l’hostilité des nobles, notamment du Gouverneur local Tamura, et s’ingénie à gagner leur confiance. On lui impose une domestique, la geisha Okichi (Eiko Ando), chargée en réalité de rendre compte des faits et gestes du consul. Mais bientôt, une réelle amitié teintée d’amour naît entre eux…

Vous retrouverez dans notre extrait, une scène pleine d’humour dont était friand le réalisateur John Huston.

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5. LA TAVERNE DE L’IRLANDAIS / DONOVAN’S REEF (1963) de John Ford / Paramount Pictures.

Prétexte à des scènes d’humour et de baston, entre John Wayne et Lee Marvin, le film a été tourné dans l’archipel de Hawaii, dans le Pacifique, sur l’île d’Haleakaloha (qui n’existe pas en réalité) sous l’occupation Japonaise. Il commet une petite erreur historique dans la mesure où la Polynésie française n’a pas fait l’objet d’invasion par les Japonais pendant la guerre. Enfin, si l’on en croit les dialogues du film, elle serait toute proche d’Honolulu.

Bon visionnage…

(pour les non-anglophones, nous regrettons de ne vous proposer que la moitié des extraits en version française)

Image de prévisualisation YouTube

Vous pouvez trouver certains de ces films à l’emprunt, à la Médiathèque du Centre culturel Tjibaou, sur les divers sites de ventes par correspondance.



Chapitre Art-Murs par Trapard Creteux le 27 janvier 2012

Merci au GB Crew pour la photo



Chapitre Calédophoto par Caledophoto le 27 janvier 2012

Profitons de l’été et des vacances pour rattraper le temps passé.

Calédophoto vous présente la première partie de la sélection d’août 2011 des photos présentées sur son forum avec un peu de retard , certes, mais tout arrive à temps à ceux qui savent attendre.

Mais qu’est-ce que Calédophoto ?

Calédophoto est une association de photographes. Chaque mois, ses membres sont invités à choisir parmi les photos publiées leur coups de coeur et les images qui les ont marquées.

Cette sélection est ensuite publiée sur le Cri du Cagou. Si comme nous, vous êtes passionnés de photos, n’hésitez pas à rejoindre le forum et l’association.

Cliquez sur les images

Patham

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Billybob

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Jean-Baptiste

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JU

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JU

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Billybob

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Mopet

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Gwangelinhael

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Chapitre Dits du Cagou par Trapard Creteux le 26 janvier 2012

Et si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie ?

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S’il avait vu le jour dans les années cinquante, et non pendant la grande guerre, enfant de petits blancs besogneux d’une Vallée du Tir populaire, et non fils de pauvres gens du quartier de Belcourt à Alger ? Ça n’aurait rien changé. Camus aurait été Camus. Camus aurait été Camus calédonien, comme il a été Camus algérien, fou d’amour pour sa terre océanienne comme il l’a été pour sa terre méditerranéenne.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il n’aurait pas écrit « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer. »

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Mais si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait sûrement chanté Kunié, habité aussi par les dieux : * « L’accord en chaque baie d’une mer d’arc-en-ciel / Aux bleus araucarias, aux flottants filaos, / De Vao à Gadji et d’Oupi à Kouto, / Enchante le séjour de faunes naturels. / Fête de la lumière où se perdent les yeux, / Et la tête et le cœur qui s’en vont délirant / Aux airs des alizés sur la flûte de Pan. / Et l’on s’enivre chaque jour comme des dieux / De chaleur et de mer, d’azur et de soleil, / Chavirant envoûtés de merveille en sommeil.

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À Nouméa, comme à Alger, Camus aurait fait le même rêve d’un modèle de liberté et de joie. À Kunié comme à Tipasa, il aurait témoigné de la sensualité dionysienne d’une nature inspirée. Sur les rivages du Pacifique comme sur ceux de la Méditerranée, il aurait déclaré dans les mêmes termes : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde. » Il aurait chanté le bonheur et le salut des femmes et des hommes qui savent et veulent bien s’ouvrir de tous leurs sens, de toute leur âme, de tous les pores de leur peau, à la parole et aux caresses de ces terres, sources de vie, capables de régénérer un vieux monde épuisé et de revivifier une Europe anémiée.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’ Algérie, il aurait aimé pareillement ce cosmopolitisme et cette terre mosaïque de peuples, de cultures, de religions, de langues, d’origines, d’histoires, de joies, de souffrances, mosaïque éligible à l’échange et à l’harmonie, à condition de ne pas penser, ou plutôt de ne pas croire, que les uns sont les chaines des autres, alors que les uns et les autres sont leurs propres chaines, se forgent leur propre dépendance, leurs propres limites, leur propre enfermement. Vos chaines ce n’est pas « nous », c’est « vous ». Leurs chaines ce n’est pas nous, c’est eux. Et Camus aurait dénoncé la fermeture et l’ostracisme de son île calédonienne, et l’homogénéisation et l’alignement de son peuple calédonien.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’ Algérie, il aurait aussi affirmé de tout son être, de toute son âme, que la vraie vie, l’amour, le seul sacré, le seul universel, se trouvent ici-bas, dans la lumière, le sable chaud, les vallées envoutantes, sombres et fraiches, l’eau bienfaisante, les corps dorés et leurs cœurs partagés et non dans les cieux vides, dans un au-delà inventé juste pour nier la terre et la chair amoureuses, à des fins égoïstes, opportunistes, sous le regard froid d’un dieu cruel musulman, dans les froids tabous ancestraux des esprits des morts, dans les légendes imbéciles et sclérosées, dans les idéaux révolutionnaires insensés, dans le fallacieux et manipulateur « sens de l’Histoire », dans le messianisme menteur d’une classe élue ou d’une ethnie privilégiée, dans les théories d’un ressentiment infini.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il n’aurait pas été non plus l’ami des nantis, des monopoles, du capitalisme sauvage, des puissants, des héritiers, des richissimes négociants, de l’oligarchie et de la ploutocratie des « grands colons », arrogants, suffisants, enfermés et caparaçonnés dans leur argent, dans leurs biens, dans leurs rôles, dans leurs prérogatives, semant la distance, la méfiance, l’exclusion, la colère, incapables de se dénuder et de sentir sur leur peau les autres, l’eau, le soleil et le vent, la simplicité des éléments et du bonheur.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait dénoncé aussi la violence, la terreur, le feu, les explosions de haine et les innocents égorgés, au nom du faux dieu de la révolution et de l’indépendance, illusoire et divinisé. Et il aurait annoncé que la violence, la terreur et la haine, quand on les a allumées, ne s’éteignent jamais, que ce soit l’horreur des trois cents égorgés de Melouza par le FLN en 57 et des cent mille harkis exécutés en 62, brûlant encore à travers les têtes coupées des moines de Tibhirine en 96, dans le GIA, le FIS, et le pouvoir militaire en 2012, ou que ce soit l’horreur des gendarmes et des broussards massacrés dans les années 80 flambant encore à Yaté ou à Maré et dans les feux, dans les crimes et dans les viols, dans les exclusions et les purifications raciales en 2012. Et Camus, orphelin d’un père emporté en 14, aurait dit aussi ici, parlant de sa maman pauvre, émigrée espagnole, sourde et muette, illettrée : « Je crois à la justice, mais je défendrais ma mère avant la justice », quand une justice mensongère et des terroristes faux-monnayeurs l’auraient menacée.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait été l’ennemi et la cible aussi des beaux penseurs et de l’intelligentsia parisienne autoproclamée, et son cœur sincèrement de gauche aurait été sali, honni par les résistants de gauche, de salon, de la dernière heure. Et la haine d’un Sartre, d’une presse avide de sainteté gagnée à bon compte par la diabolisation injuste de l’autre et la vindicte des intellectuels institutionnels et consacrés, l’auraient poursuivi ici aussi à travers les mêmes fonctionnaires et policiers de l’intellect, à travers les subventionnés et les nuls de la culture subversive, locaux et parisiens , à travers les francs maçonneries et autres Ligues des Droits de l’Homme, plus promptes à défendre les staliniens, les islamistes, les Cesare Batisti… que les petits sujets et les femmes niés par un système figé. Ce politiquement correct innombrable, permanent, l’aurait traité aussi de réactionnaire, de fasciste, de colon.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait assisté aussi au déchainement international du bloc communiste, des pays préhistoriques et jaloux du Fer de Lance mélanésien, ethnocentriste et introverti, de la Lybie terroriste, et aux agressions conjuguées du bloc communiste à l’idéologie perverse et du boc anglo-saxon aux visées géopolitiques impérialistes dans la zone, comme il a assisté aux complicités terroristes contre l’Algérie française et ses frères algériens, de la part de l’URSS, de l’Égypte, de la Tunisie, du Maroc, base arrière des terroristes et pourvoyeurs d’armes et de mort. Et il aurait aussi pleuré sur le désamour déchirant de sa patrie, et sur le désengagement programmé, insidieux et hypocrite, de son pays, de l’État, qu’il aurait vu, en Algérie comme en Calédonie, abandonner la foi dans les valeurs humanistes, démocratiques et républicaines , et abandonner la volonté de les défendre et de les promouvoir face aux régressions féodales, intéressées et superstitieuses.

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait écrit aussi, il aurait écrit aussi ses textes d’une beauté et d’une vérité inouïes, lui valant aussi le Nobel de littérature. Il aurait écrit aussi « La Peste » et « L’Étranger », termes qui auraient pu prendre une autre dimension dans cette île, dans ce Tipasa Kunié où nous l’avons un instant rêvé. Mais aurait-il aussi douté ? Aurait-il aussi flanché sous la légion des agresseurs de son rêve de « Noces à Tipasa », de son rêve de soleil, d’amour et de bonheur total, complet, naturel, sensuel, nietzschéen, dionysiaque, immanent, païen, sans dieu transcendant, sans idéaux et idéologies dénégatrices du bonheur terrestre, de la joie du présent, du plaisir de l’instant ? Aurait-il gardé foi dans la légèreté, dans le jeu, dans la vérité, dans la chance, dans le don total ?

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Quand Camus a pris place et trouvé la mort dans la Facel-Vega conduite par son ami Gallimard, le neveu de son éditeur, le 4 janvier 1960, deux ans avant le naufrage pathétique de sa chère Algérie, sur la Nationale 6 , dans l’Yonne, s’est-il murmuré ces mots, cette prière de ses vingt-six ans à Tipasa, accueillant son destin et la mort de son rêve méditerranéen, le propulsant néanmoins dans l’éternité ? « Étreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l’heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j’aurai conscience, contre tous les préjugés, d’accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. »

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Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, aurait-il succombé aussi à la « tentation de Venise », à la tentation de propulser son bolide sur un arbre et son rêve d’amour terrestre et de plénitude tropicale vers l’infini, ce rêve sali et détruit par les petits, par les mauvais, par les impuissants à jouir du présent à Tipasa, de l’instant à Kunié, suspendu sur l’onde translucide entre le bleu du ciel et l’ivoire du fond sablonneux, se murmurant et emportant au dernier instant « On dirait le Sud / Le temps dure longtemps / Et la vie sûrement / Plus d’un million d’années / Et toujours en été / Un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre / On le sait bien / On n’aime pas ça, /mais on ne sait pas quoi faire / On dit c’est le destin / Tant pis pour le Sud / C’était pourtant bien / On aurait pu vivre / Plus d’un million d’années / Et toujours en été …

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* Claude-André Girard ; Ile des Pins, 10 décembre 1974 ; Au pays des faiseurs de Pluies et de Soleil, I.C.P., 1976

Jeffrey Tardy